F.D.D.F : la fête est finie ...
 
SUR LA LIGNE BLEUE DES STAYERS
 
LE CRITERIUM NATIONAL 1959
 
DANS L'ABRI
 
BORDEAUX - PARIS 1978
 
QUI AIDERA FDDF A DATER CES PHOTOS ?
 
QUI AIDERA LES FDDF A IDENTIFIER CES PERSONNAGES ?
 
CONTACT
 
DIJON - l'ultime réunion 2009
 
LE QUID DU DEMI - FOND
 
LA 13è Réunion de Prestige de LURCY LEVIS
 
LE CALENDRIER 2009
 
13è Journée de Prestige LURCY LEVIS 16 Août 2009
 
FRANCE DERNY & DEMI-FOND : KEKSEKESA ???
 
GOOD FRIDAY 2009
 
LE CINEMA DES F.D.D.F
 
LE MARTYROLOGE DU DEMI - FOND
 
CHAMPIONNAT D' EUROPE 2 008 DE DEMI-FOND
 
CHAMPIONNATS D' EUROPE 2008 : les photos
 
LE CHAMPIONNAT D'EUROPE DE DERNY 2008
 
CULTURE F.D.D.F
 
RESULTATS
 
TOUTES LES REUNIONS 2008
 
LES APHORISMES DU DEMI - FOND
 
LE LEXIQUE : A - C
 
LE CHAMPIONNAT DE FRANCE 2008
 
DANS LE RETRO : BORDEAUX-PARIS 1934
 
INTERVIEW : MARTIAL & MORGAN KNEISKI
 
PALMARES CHAMPIONNAT DU MONDE (en chantier)
 
LES PALMARES DU CHAMPIONNAT DE FRANCE (en chantier
 
LE GRENIER DU STAYER
 
LA RUBRIQUE ANNONCES
 
TROPHEE EUROPEEN DE DEMI-FOND ST DENIS DE L' HOTEL
 
LE MANS
 
LE CHAMPIONNAT DE FRANCE 20 JUIN 2009 RENNES
 
ST DENIS DE L' HOTEL 26 JUIN 2009
 
COMMENTRY ET LE BLANC 2009
 
NOS LIENS AVEC LES AUTRES SITES
 
TROPHEE DES SPRINTEURS 2009 A COUERON
 
MARQUETTE LEZ LILLE
 
FINALE EUROPA CUP DERNY à MARQUETTE
 
 
LES RECORDS DE VITESSE - LE CHAMPIONNAT DU MONDE 1  
 

 

De 25,598    à 122,771 kilomètres dans l’heure

 

 

Près de cent kilomètres et cinquante années séparent ces deux chiffres …

 

Mais entre le record de l’heure établi par l’anglais DODDS,

le 25 Mars 1876 sur la piste de CAMBRIDGE, et les 122,771 kilomètres accomplis par le Belge Léon VANDERSUYFT, le 29 Septembre 1928, sur l’autodrome de LINAS MONTHLERY, il n’y a pas grand-chose de comparable, en fait …

 

En effet, le  « vecteur » de réalisation de ces records n’est plus le même … L’ incommode bicycle sur lequel les premiers records ont été réalisés a été abandonné dès les années 1890, époque où le « safety bike » affirme sa primauté. L’arrivée sur le marché de la bicyclette à deux roues de diamètre égal marque le début d’une formidable aventure, industrielle, humaine et sportive, fondatrice de la légende du cycle.

 

Dans la mouvance de ce  « boom »  qui voit en une décennie le vélo devenir un phénomène de masse, naît une frénésie sportive dont une des manifestations sera la course aux records, et la recherche de la plus grande vitesse possible à bicyclette.

 

L’utilisation de la bicyclette va donc marquer le début de

l’ envolée des records : de 33,013 kilomètres dans l’heure, dernière marque du record réalisé par le Britannique LEES  

sur un bicycle en 1885, le record passe, après avoir été battu,

huit fois par huit coureurs différents, à 39,322 kilomètres dans l’heure !  C’est le français Henri FOURNIER qui réussit cet exploit sur le vélodrome BUFFALO, à PARIS, le 15 Août 1892, derrière son service d’entraîneurs à bicyclettes.

 

Si le « vecteur » a changé, le mode d’entraînement, lui, a évolué concommitament.   Aux entraîneurs à bicyclettes, vont  succéder des entraîneurs à tandem, plus efficaces en terme d’abri et de rythme. Ce type d’entraînement fait vite florès et le record, pendant cinq années, va se bonifier de  la bagatelle de quatorze kilomètres !  L’ Anglais résidant en France Edouard TAYLOR, après que la marque du record ait été repoussée à  dix neuf reprises  entre 1892 et 1897, porte le 5 Juillet 1898,  à PHILADELPHIE (USA)  la meilleure performance sur l’heure à 54,045 kilomètres dans l’heure, derrière des entraîneurs à … quintuplette !

 

Ce sera le chant du cygne de l’entraînement humain dans la chasse aux records. Cette année 1898 marque le début d’une nouvelle ère … Car, en cette fin de  siècle le développement du génie mécanique ne va pas tarder à interpeller le monde du cycle …

L’heure des modes d’entraînement mécanique vient de sonner …Leur allure linéaire, leur abri supérieur, leur coût moindre, comparé à celui d’un service d’entraîneurs humains, tout va concourir à leur adoption par les apprenti recordmen …  

Ce sera  donc derrière des tandems à pétrole que l’ on partira désormais  à la chasse aux records …

 

Et le 6 Août 1898, l’américain Harry ELKES réalise, 1 mois après le record de TAYLOR, 55,831 kilomètres dans l’heure, derrière un tandem à pétrole. Edouard TAYLOR reprend son bien un an après, cette fois  derrière ce même type d’engin, avec 56,966 kilomètres, performance que l’on peut alors penser indépassable.

 

Pourtant, un mois après,  le français BOR   réalise 58,053 kilomètres, derrière un … tricycle à pétrole !  Cet engin va être utilisé jusqu’en 1900 par les postulants au record, juste le temps de prendre finalement en compte leur instabilité rédhibitoire et par là même, leur dangerosité. Le record, quant à lui, sera tout de même avec ce mode d'entraînement à 63,779 kilomètres dans l’heure.   

 

1900  marque donc le retour à la raison, en même temps que celui  du tandem à pétrole, lorsque l’ américain STINSON, à deux reprises, les 18 et 25 Octobre, pulvérise le record, suivi le 30 Juin 1901 par le légendaire allemand Thaddeus ROBL  qui, sur la piste de LEIPZIG « crève » le mur des 65, puis à PARIS, sur la piste du Parc des Princes, des 67 kilomètres dans l’heure ! Thaddeus ROBL sera le chantre, le palladin du tandem à pétrole, et poursuivra sa quête du record derrière ce drôle d’engin, alors même qu’il sera depuis longtemps passé de mode !

 

 

Car une page va se tourner … L’heure des motocyclettes a sonné … Leur vitesse, leur potentiel d’ abri supérieur, le fait qu’elles nécessitent un seul passager (au lieu des deux du tandem à pétrole), tout concourt à  accélèrer leur adoption par les coureurs.

 

Des motos   de plus en plus puissantes … l’adoption de  coupe-vent formant abri (ils seront interdits en course dès 1904) …

Des coureurs en recherche fébrile d’abri maximum, et dont la tête  arrive parfois jusqu’à toucher le dos de l’ entraîneur … 

 

Les vitesses vont s’envoler …

Le nombre de tués sur les pistes d’ Europe et d’ Amérique aussi …

 

Entre 1902 et 1903, le record de l’heure derrière entraînement libre passe littéralement de mains en mains (l’anglais Jimmy MICHAEL, le français Henri CONTENET, l’ américain MUNROE, l’allemand ROBL, bien sûr, le français DANGLA, l’anglais HALL) de 67,353 à 87,393 kilomètres   !

Entretemps, l’irréductible ROBL aura trouvé le moyen de percer le mur des 80 kilomètres derrière son service de tandems à pétrole !  Il « tombera » également le mur des 90, le 21 Juin 1906, sur le vélodrome de MUNICH, avec 91,893 kilomètres dans l’heure.

Quel personnage ! Ce sera son baroud d’honneur, magnifique … Mais  ce 21 Juin 1906 marquera véritablement  la fin de l’entraînement derrière tandems à pétrole. Le règne de la motocyclette sera désormais exclusif …

 

De PARIS, et de son vélodrome du Parc des Princes, la pôle des tentatives de record va se déplacer vers MUNICH, vers la  piste de Milbertshofen, précisément. Cette piste de 666 mètres, de par sa conformation,   autorise l’accomplissement de vitesses toujours plus élevées … Elle sera le théâtre du sacre historique du français Paul GUIGNARD, qui, le 15 Septembre 1909 deviendra, dans le sillage de la moto de Franz HOFFMANN, motocyclette équipée d’un moteur 3 cylindres ANZANI (le même paraît il que celui qui équipait le monoplan de BLERIOT lorsqu’il traversa la MANCHE),  le premier homme à dépasser les 100 kilomètres dans l’heure : 101,623 kilomètres, exactement …

Une performance, un exploit, au retentissement formidable 

qui va paradoxalement  marquer un point d’arrêt dans la course au record ...

 

 

En effet, après le record de GUIGNARD, l’UCI décide de ne plus reconnaître les records derrière mode d' entraînement libre … Les records, pour être homogués, devrront être accomplis derrière une moto équipée d'un rouleau règlé à 60 centimètres. Coïncidence ou pas, la quête du record de l’heure n’aura plus jamais le même impact auprès du public … Un seuil psychologique a été atteint …

Le mur symbolique du 100 kilomètres dans l’heure  franchi, l’intérêt pour le record proprement dit va inexorablement décroître.

 

Et puis s’ajoute à cela une réflexion de plus en plus systématique quant à la signification même du record, qui va envelopper peu à peu de scepticisme chaque nouvelle tentative.

Pourtant, la majorité des hommes qui, entre 1895 et 1909, se sont emparés du record ont été d’indiscutables champions. Il ne viendrait à personne l’idée de discuter la valeur du français Emile BOUHOURS, du britannique Jimmy MICHAEL, de l’ américain Harry ELKES,  d’un  Thaddeus ROBL ou d’un Paul GUIGNARD …

Tous ces garçons étaient d’authentiques champions, capables de briller dans n’importe quelle spécialité du cyclisme, tous les observateurs de l’époque se sont accordés à le dire 

En fait, la valeur de ces champions répondait de la crédibilité des records qu’ils établissaient …

 

Après le record de GUIGNARD, cette course folle à la plus grande vitesse possible marque une pause.  Et puis, une effroyable boucherie de quatre interminables années va la prolonger, cette pause, jusqu’aux années vingt …

 

 

Ce qui va relancer la chasse au record, c’est paradoxalement … le sport automobile !

 

Car la vogue des autodromes, entamée dès le début du siècle

 en Europe et en Amérique ,  gagne désormais la FRANCE.

Et l’ édification de l’autodrome de LINAS MONTHLERY va  vite donner des idées   aux postulants au record, qui vont en faire un temps leur « terrain de chasse » favori. Un  autodrome, en effet, permet l’adoption de vitesses plus élevées que sur la piste, dont les dimensions et l’inclinaison de ses virages se révèlent insuffisantes pour un candidat au plus de 100 kilomètres / heure. …

 

L’inauguration de l’autodrome de LINAS MONTHLERY va donc requinquer pour un temps le vieux record qui s’essouflait, et lui conférer une éphèmère seconde jeunesse … Deux  protagonistes de qualité vont écrire de belles pages de la légende l’autodrome : le Belge Léon VANDERSUYFT et le Français Jean BRUNIER.

 

 

L’un et l’autre sont d’indiscutables très bons coureurs. Le Belge a été champion du monde des stayers, en 1922 : c’est une référence sur la piste. Jean BRUNIER a été le premier français à terminer deuxième du Tour des Flandres en 1922 , une gageure à l’époque, et il a été trois fois champion de France : - sur route, en 1921 chez les amateurs et 1922 chez les professionnels, et sur piste en demi-fond, en 1927.  Pour autant, aucun des deux n’émargent à la catégorie des « super champions », et très vite c’est ce que l’on retiendra de leurs performances, qui ne seront lues qu’ à travers ce prisme restrictif.  

 

L’autodrome va ainsi être, et ce dès son ouverture (et même avant)  le théâtre d’un duel épique, prolongé sur deux années, entre le Belge et le Français.

Le 1er Octobre 1924, alors même que la piste n’a pas encore été  utilisée par la moindre automobile, Léon VANDERSUYFT, derrière une grosse moto de 30 cv équipée d’une plaque coupe-vent de 40cm sur 50, réalise 107,710 kilomètres dans l’heure : le légendaire record de GUIGNARD est donc battu, et sur un autodrome !

Mais à peine a-t-on le temps de prendre la mesure de l’exploit de VANDERSUYFT que Jean BRUNIER, drivé, par son entraîneur Léon LAUTHIER,  rajoute, 18 jours après, près de cinq kilomètres au compteur, avec 112,440 kilomètres accomplis dans l’heure  !

 

Le 1er Octobre 1925, alors que l’autodrome est désormais doté d’ un circuit routier,  Léon VANDERSUYFT « remet çà », et reprend son bien, en portant le record, dans l’abri de la moto 45cv de son entraîneur DELIEGE à 115,098 kilomètres. …

Mais treize jours après, Jean BRUNIER repousse à nouveau la marque du record à 120,958 kilomètres dans l’heure, toujours dans le sillage de Léon LAUTHIER, qui chevauche cette fois une moto à carénage d’une puissance de 35cv  !

 

 

Ce chassé –croisé, conjugué à l’engouement tout neuf que suscite l’autodrome, va remettre sous les feux de l’actualité sportive le vieux record. Las, cette embellie s’essouffle et quand, le 29 Septembre 1928, VANDERSUYFT,   revêtu pour l’occasion de six maillots (trois en soie et trois en laine, alternés) et portant jambières, reprend à 38 ans bien sonnés « son » record, le portant à 122,771 kilomètres dans l’heure, l’engouement pour ce type de performances a fait long feu … Le public cycliste des années vingt et trente, sollicité par une pléthore d’évènements cyclistes majeurs ( TOUR DE France sur route, épreuves classiques sur route, six jours, sprint et demi-fond sur piste … ), accorde de moins en moins d’intérêt à ce type de performance … Et la presse spécialisée encore moins …  

Bientôt, l’ Union Cycliste Internationale ne reconnaîtra plus ce type de record, et les postulants vont désormais se rabattre sur les records de vitesse, sur piste ou sur route, piètre succédané.

 

Celui que réalisera par exemple Alexis BLANC GARIN, un bon stayer,  le 21 Octobre 1933 avec 128,205 kilomètres /  heure ne recevra pas l’écho des records de BRUNIER et VANDERSUYFT …  

 

 

Et ce ne sont pas les champions vieillissants ( Charles PELISSIER et Georges PAILLARD) qui se lancent dans des tentatives de record de vitesse sur route qui infléchiront cette tendance … Même le « choc » que constitue l’annonce en 1937 du record réalisé aux Etats-Unis derrière une automobile par l’obscur coureur français Albert MARQUET ne va rien y faire : 139,902 kilomètres accomplis à vélo dans l’abri d’une voiture spécialement équipée, qu’est ce que çà signifie, athlétiquement parlant ?

 

 

L’excellent pistard que fût le français Alfred LETOURNEUR accomplira, derrière une automobile encore, le 17 Mai 1941, 173, 864 km/h, à BAKERFIELD, aux USA, sous les yeux émerveillés d’un Jean GABIN alors en exil. Mais « Alf », âgé alors de 34 ans, avait sa carrière derrière lui depuis un moment …Trois années auparavant, le 22 Octobre 1938, sur l’autodrome de LINAS MONTHLERY, il avait déjà porté le record à 147,058 km/h, sans grand retentissement.

 

 

Pour que la presse et le public considère à nouveau ce type de performances, il faudra toute l’aura mystique d’un José MEIFFRET. Ce petit stayer méridional va apporter une noblesse un peu morbide à la quête du record de vitesse en lui conférant un sens vaguement religieux, voire mortifère, obligeant ainsi les observateurs à un peu d’indulgence …

 

Quand il « tombera » le mur des 200 kilomètres, (204,778 km/h) dans le sillage d’une MERCEDES 300SL sur une portion d’autoroute à FRIBOURG en Allemagne,  José MEIFFET sera auparavant passé deux fois par la « case » LINAS MONTHLERY. Une première fois le 13 Octobre 1952, pour tenter d’y battre le record de l’heure de VANDERSUYFT. Il manquera d’y laisser la vie, chutant sur près de 100 mètres sur le ciment de l’anneau de vitesse. Mais ce n’est qu’en 1961 qu’il admettra, et fera admettre, que l’autodrome, vu son état, ne peut plus être le siège de tentatives de record de vitesse à bicyclette.

 

Après José MEIFFRET, la quête de la plus grande vitesse possible à bicyclette sera définitivement rangée au rayon « anomalies » de l’histoire du cyclisme.

 

Tant que les records étaient l’apanage d’indiscutables champions, leur crédibilité pouvait s’accommoder de la controverse. Après la première guerre mondiale, le duel VANDERSUYFT – BRUNIER a entretenu un peu l’illusion … Jusqu’à ce que les records de vitesse derrière automobile ne réduisent aux yeux du public l’exercice au rayon de spectacle sensationnel, sans véritable portée athlétique …

 

Mais au-delà de ce débat sur la réelle valeur de ce type de démonstration, il nous reste à admirer sans réserves, comme l’a fait en son temps l’immense champion que fut le sprinter Gabriel POULAIN, pourtant détracteur de ce type de record, l’admirable courage de ces pionniers de la vitesse.

 

Leur intrépidité, leur détermination, leur admirable obstination, elles, ne souffrent aucune discussion …

 

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

 

 

 

 

GEORGES  SPEICHER :    Le Miracle de MONTHLERY

par Patrick POLICE

§§§§§§

 

 

14 Août 1933 … Pour la première fois, un championnat du Monde cycliste des routiers professionnels est organisé en France …

 

 

Autre « première », l’évènement va, ainsi que l’a décidée l’ Union Cycliste Internationale l’année précédente, être organisé sur un circuit fermé et … payant. Le principe de  gratuité,  jusqu’ici en vigueur dans les éditions antérieures,   est donc aboli, et c’est l’ Autodrome de LINAS MONTHLERY qui va inaugurer cette formule.

 

 

Par contre, le déroulement de la course sur un circuit automobile ne constitue pas une nouveauté,  puisque l’ édition initiale  avait eu lieu le 21 Juillet 1927 sur le circuit du Nurburgring tout juste achevé.

 

Mais, vous allez le voir, l’autodrome va être le théâtre d’autres « premières » en ce Lundi d’ été …

 

 

Coureur racé, dont l’allure élégante, souple , n’était pas sans annoncer celles à venir d’un Fausto COPPI, Georges SPEICHER était vraiment un coureur « atypique » dans le peloton des années 30.  Sa position de bras très allongée et une assise postée en arrière sur la selle (à vrai dire la position adoptée  par tous les cyclistes de nos jours), le distingue immanquablement de ses pairs lorsque l’on visionne les photos ou films d’actualité de l’époque.

 

 ici lors d'un PARIS - ROUBAIX qui va faire couler de l'encre, en 1936

 

 

 

Atypique, son parcours l’est aussi … Alors que le vélo est, avec la boxe, le sport – roi en ces années d’après-guerre, que  toute une jeunesse se sent une  vocation d’apprenti – champion, lui débute dans le vélo par hasard …

En fait, il accomplit  ses premiers tours de pédale à 18 ans, et tout çà par ce qu’il a répondu, en ces temps de chômage, à une petite annonce. Et lui qui ne sait pas rouler à bicyclette, il réussit à se faire embaucher … comme coursier  pour des livraisons … à vélo !

Il raconte : «  les premiers jours, je roulais uniquement le long des trottoirs, pédalant de la jambe gauche … pour trouver mon équilibre, je prenais appui de la jambe droite sur les bordures des trottoirs ».

 

 

 

A  22 ans, âge auquel beaucoup de ses pairs sont déjà des champions aguerris, il signe seulement sa première licence : il  rejoint les rangs du prestigieux Vélo Club de LEVALLOIS, club n° 1 des amateurs français, grand pourvoyeur de champions tant olympiques que  professionnels.  En 1932, à 25 ans, il dispute déjà son premier Tour de France, qu’il termine à la onzième place. Cette ascension fulgurante est ponctuée en 1933 par une victoire sur cette même épreuve, et suivie par une autre, tout aussi prestigieuse, dont nous allons maintenant parler …

 

Le TOUR DE France s’est achevé le Dimanche 23 Juillet :

retenez bien cette date.

Le championnat du Monde des routiers professionnels lui, aura lieu le 14 Août, soit une vingtaine de jours donc après la plus éprouvante épreuve du monde.

 

Le rapprochement de ces deux dates ne va pas être sans influer sur la décision des sélectionneurs. 

Pour représenter la France, trois coureurs ont été sélectionnés : Antonin MAGNE, champion indiscutable, qui a terminé second du championnat de France disputé sur ce même circuit de MONTHLERY. Roger LAPEBIE, le jeune (22 ans) champion de France, un « taureau », une force de la nature, éclatant de puissance et de santé. Paul CHOCQUE, la révélation de l’année, vainqueur à 21 ans du réputé CIRCUIT DE PARIS.

 

Et le vainqueur du TOUR ? On le nomme remplaçant, en estimant que les fatigues accumulées dans le TOUR lui seront préjudiciables le jour du championnat… En fait, il se dit très fort qu’ en haut lieu, on n’a pas confiance en lui. En cause, sa réputation d’indolence, réputation que nourrit   son apparente facilité dans l’  effort.

 

quelle allure, même sur la caillasse !! La classe, quoi ...

 

Et puis, les officiels de l’ Union Vélocipédique de France subissent le poids de l’évènement qu’il organisent : ces championnats du Monde se déroulent en France. ils considèrent avoir fait le meilleur choix.

 

Et puis,  patatras !  Ils apprennent le Vendredi 11 que Paul CHOCQUE est tombé  soudainement malade. Il ne pourra être au départ . C’est une catastrophe …    

De remplaçant, Georges SPEICHER devient titulaire.

 

Mais comme il s’était mis en tête, (et on peut le comprendre), qu’il ne participerait pas à ce championnat du Monde, vous pensez bien qu’il ne s’est pas gêné pour faire relâche sur la discipline de vie nécessaire à un champion de son rang. De plus, le coureur de PANTIN a la réputation d’aimer faire la « fête ».  Et  depuis le Dimanche 23 Juillet, il n’est pas remonté sur son vélo de route ! Il a aligné quelques contrats sur piste, sur des distances ne dépassant pas 75 kilomètres …

Or, l’épreuve de MONTHLERY en comportera 250, une paille !

 

 

Samedi 12, SPEICHER ne s’est pas manifesté, l’annonce du retrait de CHOCQUE n’étant pas à l’ évidence parvenue jusqu’à ses oreilles.

 

 

L’affaire commence à prend une tournure un brin désastreuse ... Alors que le soir tombe, on va le chercher maintenant partout : chez lui, à PANTIN, puis chez ses amis … On apprend qu’il est parti dîner avec des camarades à PARIS ? Dès lors, on visite systématiquement tous les restaurants qu’il serait susceptible de fréquenter … 

Mais il demeure introuvable !

 

Et puis, sur la foi de renseignements un peu plus précis, on oriente les recherches vers le 20è arrondissement …  Là, on honore Georges SPEICHER dans le quartier de sa naissance, au Théâtre du 20è siècle …  Les dirigeants le retrouvent en ce lieu à  minuit, juste à la sortie du spectacle.

 

«  Il faut que tu rentres immédiatement, lui disent ils, tu cours Lundi le championnat du Monde ! » . Georges leur donne son accord, et les dirigeants rentrent dans leurs pénates, soulagés …

Mais lui, il prolonge tard dans la nuit la fête commencée avec les copains une fois que ce respectable aréopage a tourné les talons …

 

Le lendemain, il se rend à l’atelier courses de son équipe ALCYON pour y recevoir un vélo à ses cotes … In petto,  il se dit : «  Puisqu’ils veulent que j’ y aille, je prendrai le départ, ne serait ce que pour donner un coup de main aux coureurs de l’ équipe de France  » .

 

Et le Lundi arrive …  En guise de préparation diététique, Georges s’attable au petit Bistrot de MONTHLERY. A son  menu, (et ce une demi – heure avant le départ de la course) tenez vous bien : andouillette, saucisson, charcuterie, le tout arrosé de vin rouge et de vin blanc, pour faire bonne mesure !

 

Cent mille   spectateurs ont envahi l’autodrome, sans compter les quelques milliers de resquilleurs . Sur la ligne de départ, c’est un autre menu qui l’attend : 250 kilomètres, ponctués de vingt ascensions de la Côte LAPIZE, avec ses 10 % si lourds à digérer ! 

 Il confie à ses deux compagnons, en prenant bien soin de ne pas être entendu des autres coureurs   (l' Italien BINDA, le grand favori n’est pas loin, et il comprend parfaitement le français puisqu’il a travaillé en France et débuté sa carrière cycliste sur la Côte d’ Azur) : «  je vais vous préparer le boulot en démarrant très tôt, et en faisant rouler les Italiens (tenants du titre avec le campionissimo BINDA ) … Après, ce sera à vous de jouer ! »

 

Et SPEICHER attaque dès le coup de pistolet ! Il est repris, mais il recommence à la fin du premier tour « en plaçant une mine » dans la côte LAPIZE … Il est rejoint par le Hollandais VAN DER RUIT et par Roger LAPEBIE, son équipier .

 

 

 

Et puis, vers le dixième tour, ces trois-là sont rejoints, un regroupement s’opère …   Et SPEICHER redémarre !

 

 

A partir de ce moment, les écarts vont s’allonger très vite avec le peloton. Il reste pourtant 125 kilomètres à parcourir !

Et tout en    roulant, il exprime ses doutes aux suiveurs en auto ébahis par cet incroyable scénario (ils connaissent ,eux ,ce qui s’est passé ces dernières quarante - huit heures) et par l’ impression époustouflante de  facilité qu’il dégage dans l’effort (ce dont atteste les photos et films de l’époque) : «  Pensez vous, çà ne peut pas être sérieux ! Je vais me relever tout à l’heure, car je ne tiens pas à me « coucher » avant l’arrivée ! »

 

 

 

Vers le douzième tour, il possède 2’ 30 d’avance sur le Hollandais VALENTIJN, et 4’30 sur un peloton comprenant l’ Italien BINDA, le triple champion du Monde, et les Belges, maîtrisés par ses équipiers MAGNE et LAPEBIE, qui dès lors, « jouent sur du velours ».

 

A ce moment, les suiveurs reviennent à sa hauteur et  lui disent que, tout de même, l’affaire semble maintenant prendre bonne tournure pour lui. Il répond, tout en décontraction : «  Vous avez raison, je crois qu’il faut y aller ! » ... et il augmente l’allure !   L’aventure insensée prend dès lors allure d’  apothéose …

 

 

 

Georges pédale « comme  à l’entraînement » , c’est lui-même qui l’affirmera après coup … (entraînement qu’il n’a pas suivi, remarquons le au passage)

Preuve absolue de sa décontraction totale : un orage survient pendant la course. A son beau-frère, posté en bordure du circuit, il crie en passant : « Va capoter ma voiture, elle va se salir ! » (SPEICHER venait d’acquérir une PEUGEOT 201 décapotable) … Et tout çà, exprimé avec calme et désinvolture, à 40 à l’heure !  (la moyenne à l’issue de la course sera de plus de  35, 5 km/h pour les 250 kilomètres,  alors qu’il aura accompli sur les 4/5 du parcours en solitaire, et à l’attaque presque constamment, sur le difficile circuit de l’autodrome, balayé par le vent  : admirez l’exploit !)

 

 

Georges SPEICHER triomphe, le mot n’est pas trop fort, avec 5’ 33 d’avance sur Antonin MAGNE (deux Français sur le podium, le bonheur du public et des officiels sera total ainsi) et le Hollandais VALENTIJN, qui sont sortis du peloton pour chasser (surtout le Batave, vous vous en doutez, MAGNE étant bloqué par le jeu d’équipe) sur le champion français … Les Italiens, les Belges, les Suisses et les Allemands finissent, déconfits,  à 11 minutes ! Déconfit aussi Antonin MAGNE, qui fera part de sa déception au micro dès la ligne d'arrivée franchie, l'exploit de SPEICHER ... Le jeu d'équipe à ses limites lorsque l' on est professionnel !

 

 

 

La ligne franchie, au terme de cette course qui constitue un véritable défi à la raison sportive, Georges SPEICHER déclare placidement, alors qu’on le presse et le félicite de toutes parts : «  Bah ! Je n’ai pas beaucoup de mérite. Je marchais bien, voilà tout. »

 

Georges SPEICHER devient ainsi  le premier champion du Monde cycliste professionnel français sur route.  Sa victoire est à plus d’un titre historique : il gagne le premier championnat du Monde des routiers organisé en FRANCE (il y en aura d’autres), et est le premier à réaliser le doublé TOUR DE  FRANCE   - Championnat du Monde (d’autres le réaliseront mais bien plus tard) .

 

Cynisme ? Désinvolture ? Il déclarera bien  plus tard, à l’intention de personnes qui lui demandent si ce titre lui a procuré de la joie : « Venant après ma victoire du TOUR DE  FRANCE , ce titre ne m’a rien rapporté  de plus au point de vue contrats, car je touchais déjà, grâce à ma victoire dans le TOUR,  le maximum . J’aurais mieux aimé le gagner l’année d’après, tu penses ! » ….

 

 

 

….. C’est pas gentil pour l' Autodrome de MONTHLERY, qui aura été le siège d’un évènement mémorable à plus d’un titre, propre à nourrir la « Légende des Cycles », même si Georges SPEICHER lui-même, mentalité de coureur professionnel oblige,  n’en a pas saisi la pleine dimension, visiblement.

 

 

En fait, en ce 14 Août 1933, ce que ne sait pas encore le nouveau champion du monde , au moment  où il revêt le prestigieux maillot irisé, c’est qu’il aura bien d’autres rendez-vous avec l’Autodrome.     Et au bout de ces rendez-vous, il  gagnera un surnom : celui de        «  Roi de MONTHLERY » …

 

On en reparlera … Promis …

 

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

 

précédent sujet paru : le championnat de FRANCE 1997 avec les interviews de Stéphane BARTHE et Frédéric MONCASSIN  - demandez le par message à la rubrique contact

 

 

 

© 2010