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CHAMPIONNAT DE France DE DEMI-FOND –

Samedi 14 Juin 2008

Vélodrome Henri Desgrange -  LA ROCHE SUR YON

 

 

 

 

Bon, il va falloir que je pioche une fois de plus dans la boîte aux superlatifs pour vous narrer les péripéties de cette édition 2008 du  championnat de France des stayers … Et vous allez m’en faire reproche, je vous connais, et me soupçonner même d’une propension   à l’exaltation facile …                  

 

Pas grave …

 

Parce que, sur ce coup là, je ne serai certes pas en solitude …

 

Tous les spectateurs présents au vélodrome Henri Desgrange de LA ROCHE SUR YON en ce samedi béni des dieux peuvent faire écho à mon enthousiasme et vous jurer la-main-sur-le-cœur, qu’ils ont bien été les témoins d’un fameux championnat, du genre de ceux qui font date …

 

 

Les qualifications, c’est presque devenu un usage, ressemblent souvent  à une partie de poker menteur 

 

Sachons gré à David DEREPAS d’avoir abattu franchement ses cartes, d’entrée … Trouant puissamment les bourrasques de vent qui battent la ligne opposée  aux tribunes,  il ne fait qu’une bouchée de ses concurrents, et leur « tourne autour des oreilles » une presque demi-heure durant … Son entraîneur Bernard FILIATRE l’emmène haut dans les virages, et David DEREPAS  parait ainsi un rapace tournoyant au dessus de ses proies …

 

 

                               

 

 

Seul Emilien CLERE peut se targuer d’avoir opposé une belle résistance à la furia du champion en titre : reste à espérer qu’il n’aie pas dû « taper » dans  ses réserves pour ce faire. Plus économique, Antoine GAUDILLAT, l’air de ne pas y toucher, se qualifie sans bruit …Enfin, Sylvain BURIN s’offre son ticket pour la finale sans se départir d’un sourire grand comme çà, avec la mine réjouie d’un collégien qui vient de réaliser une bonne farce …

 

                      

 

La deuxième manche va être identique à la première, tout en étant son contraire.

 

C’est pas clair ? Je vous explique. Si l’équipage DEREPAS/FILIATRE avait choisi de voyager aux balustrades, la paire BUFFAZ/PACHECO optet quant à elle pour une trajectoire plus « terrienne », en tous cas plus proche de la corde que des hauteurs … Mickael BUFFAZ semble comme  en état de grâce, et il ne lui faut guère de temps pour mettre à la raison, dans son style fluide et gracieux, tous ses adversaires …

 

 

                    

 

Derrière, Antoine GORICHON a opté pour le mode énigmatique, le genre « pourvu qu’on m’aie pas remarqué me qualifier » … Mais le regard malicieux de son entraîneur Raymond PERSYN est révélateur d’un bon coup qui se prépare, j’en suis certain … 

                                                     

                 

 

Enfin, l’épatant Mathias SARCHET se fraie un chemin pour le débat ultime devant un Thomas WASKIEWICZ qui n’a pas ménagé, à son habitude, ses efforts pour ce faire.

 

                                                                              

                       

                                             

 

Restent quatre heures à tuer avant l’explication finale. Y a pas à dire, on reste marqué par l’annonce du chrono (26' 34'', soit 66,6 de moyenne horaire) réalisé par Mickael BUFFAZ, le meilleur des deux manches. A ce moment, beaucoup le voient bien dans la peau d’un champion de France, et lui aussi, qui sait ...

 

Le vent n’est toujours pas tombé aux alentours de 20 h 45, quand les coureurs se dirigent vers la ligne de départ. Mickael BUFFAZ est arrivé parmi les premiers, apparemment décontracté. Emilien CLERE et Antoine GORICHON, qui ont quitté depuis peu le home-trainer, se dirigent mollement vers leurs teneurs … Thomas WASKIEWICZ semble soucieux …

 

                                               

                             

 

 

Peut être pense t-il à ces 50 kilomètres de souffrance qui l’attendent … Mathias SARCHET et Sylvain BURIN eux, arrivent en rigolant, le genre potache -cour de récré, et c’est bigrement sympathique …

 

                              

 

 Mais où est donc le champion de France ?  On a vu arriver d’abord son vélo et son entraîneur … Il soigne son entrée, David DEREPAS … Il arrive au dernier moment, sur son vélo de route …

               

                           

 

Et d’un seul coup, quand il prend place dans la file des coureurs au départ,  l’atmosphère prend un ton de gravité dont elle était exempte jusqu’à lors. On a l’impression que la « dramatique », que constitue toujours une course au titre national, commence maintenant   et que les compteurs sont remis à zéro ...

Les impressions des qualifications ? Balayées, effacées.

La facilité qu’y a affiché Mickael BUFFAZ ? Cà ne compte plus.

Son chrono meilleur que celui de David ? Pas davantage : on repart à zéro, je vous dis, et j’ai l’intime conviction que dans pas plus tard que dans pas longtemps, pour ne pas dire sous peu, il va se passer du considérable, du pas ordinaire sur le vélodrome Henri Desgrange...

 

L’on va être vite édifié à ce sujet … Le coup de pistolet à peine donné, Mickael BUFFAZ lance à peine son éléphantesque braquet (68 x 15, excusez du peu) que déjà, au-dessus de lui, fond David DEREPAS, tel un félin en maraude … Marc PACHECO, l’entraîneur de Mickael, lui hurle qu’il y a danger …

 

                   

 

Mais rien à faire … David  va au bout de son bras de fer, et le remporte,  parachevant ce tour de force en enroulant le 67 x 15 à une cadence diabolique, puis en enfilant les tours au poste de commandement avec une puissance souveraine … Mickael BUFFAZ a pris à l’évidence un sacré coup au moral …

 

A 90 tours de la fin, pourtant, il se rapproche imperceptiblement, visiblement « rebecqueté ». 13 tours plus loin, c’est l’attaque, tranchante, que David DEREPAS repousse victorieusement.

 

  

                

 

Le vacarme des motos qui imprègne l’ atmosphère crépusculaire laisse sourdre une diifuse inquiétude   Cette aura bruitive (non, les mecs, je ne « fume » pas …) rythme la lutte impitoyable, intense, dont on devine à ce moment qu’elle sera forcément pathétique en son dénouement.

 

La chaîne invisible qui relie les deux protagonistes se distend peu à peu … On devine que Mickael BUFFAZ a essuyé un sérieux coup de buis, et que ce n’est pas de sitôt qu’il va se remettre du « retour » que lui a infligé le Dijonnais …

 

Pendant ce temps, une lutte tout aussi rude mais plus insinuante, oppose un Emilien CLERE que l’on saura après la course ne pas disposer de la plénitude de ses moyens, au roué tandem GORICHON / PERSYN. Le savoir-faire patient des derniers nommés vient, à 75 tours de l’arrivée, à bout du courage du Franc-Comtois, qui dès lors, ne pourra plus peser sur le cours des évènements.

 

Derrière Antoine GAUDILLAT construit savamment sa course et se rapproche de ces deux-là.

 

                

 

Plus loin, Thomas WASKIEWICZ , de son style de routier accrocheur, peine à arrêter l’hémorragie des tours perdus, et  Sylvain BURIN,  dont l’apparence d’aisance imperturbable déroute l’observateur-moyen, va bientôt   prendre sa mesure. Encore plus loin, Mathias SARCHET n’est plus à même de confirmer les promesses entrevues lors de sa manche qualificative.

 

Et puis, alors que le retard de Mickael BUFFAZ commence à dériver inexorablement vers le rivage inquiétant du demi-tour, il se passe quelque chose … Quelque chose de curieux …

D'abord, on croit voir que ce retard semble se stabiliser ... Puis ...

Est ce une impression ? L'avance du stayer Bourguignon s’effiloche, jusqu’à se  réduire même … Oh, très faiblement, c’est sûr …

Mais pourtant .... Oui, c’est une certitude maintenant ... : l’ avance de David DEREPAS sur Mickael BUFFAZ est en train de fondre (je vous épargne " comme neige au soleil ", vous ne méritez pas çà) …

Alors quand, à l’aube du 90è tour, le stayer rhodanien (avec moi, vous avez intérêt à connaître la géographie) arrive « sur les reins » de David DEREPAS, le temps suspend son vol … On entendrait une mouche voler, si tant est qu’une mouche fasse plus de bruit que les huit Yamaha 650 en piste et la voix de l' animateur Gérard BESSON réunis … Chacun est incrédule, comme stupéfait, vaguement inquiet même, de ce qui va suivre …

  

              

 

Et l’équipage PACHECO / BUFFAZ de pousser David dans les remous d’air, l’enfermant inexorablement dans un piège mortel …

Se déroule alors un « mano à mano » émouvant, prolongé sur plus d’un tour .. Et au bout de ce combat de titans, c’est le moment de la rupture pour David DEREPAS … Oh ! il ne se traduit certes pas par une défaillance brutale, par un effondrement … Non, plutôt comme une lente désagrégation, qui l’amène à laisser inexorablement partir son adversaire, comme une fatalité …  

 

                             

 

A ce moment, vu du bord de la piste, les masques   des coureurs sont éloquents quant à l’âpreté des débats  Même le gracile et si élégant Mickael BUFFAZ ne peut plus donner le change, et expose désormais au fil des tours sa souffrance en une série de rictus douloureux …

 

 

                      

      

Le visage de David DEREPAS, lui,   est empreint d’une douloureuse en même temps qu’ héroïque obstination, qui force l’admiration … Antoine GORICHON, bouche ouverte, accélère tout ce qu’il peut, et lui aussi, il a « la gueule en coin » sous la violence de son effort, tandis qu’ Emilien CLERE, monstrueux de courage, n’en finit pas de se tortiller de douleur sur sa selle …

 

                

 

Thomas WASKIEWICZ et Mathias SARCHET portent eux depuis longtemps sur leurs figures la marque des efforts immenses qu’ils font pour ne pas sombrer … Seuls Antoine GAUDILLAT, qui fait tranquillement sa pelote, et Sylvain BURIN, n'affichent pas sur leurs mines juvéniles les stigmates de l'effort accompli en zone extrême ...        

 

Plus que 30 tours à accomplir, maintenant ... Avec un « matelas » d’avance proche du demi tour, qui permet de « respirer » un peu, Mickael BUFFAZ mène grand train.

 

Mais derrière lui,  David DEREPAS ne « lâche rien » (suivant cette expression débile et à la mode que je hais, mais qui là trouve son plein sens), refusant de toutes ses forces de sombrer …

 

Et c’est sur ce mode de totale intensité que vont s’accomplir les dernières révolutions, avec un ultime  tour qui prend la forme d’une libération pour Mickael BUFFAZ, qui laisse venir à ses côtés son entraîneur Marc PACHECO,  pour mieux savourer la plénitude de ce vrai moment de bonheur …

 

       

Il est champion de France, et vainqueur d’un championnat qui fera date dans les annales (c’est moi qui les tiens, vous inquiétez pas !

Et çà nous fait à tous sacrément plaisir ...

© 2010