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CHAMPIONNAT DE FRANCE DE DEMI-FOND A DESCARTES - EDITION 2006
DESCARTES … Samedi 15 Juillet 2006 …. Il règne sur le vélodrome Michel COUILLARD une chaleur de plomb fondu depuis le matin, chaleur qui va vite le transformer en une véritable étuve … Et dès la fin de la matinée, il sera aisé de deviner que l’édition 2006 du Championnat de France de Demi - Fond se déroulera dans une ambiance caniculaire …

Ne croyez pas que ce préambule météorologique est anodin … Oh que non ! Car cette chaleur écrasante va conditionner pour une large part le déroulement des épreuves …
Côté public d’abord … Lorsque l’on a vécu la première quinzaine de Juillet derrière ses volets clos pour juguler les méfaits de la chaleur et à limiter ses déplacements et activités en fonction d’elle, force est de reconnaître qu’il est difficile de demander au public d’aller délibérément s’exposer aux rayons de Phoebus, même pour un Championnat de France … Il convient dès lors de remercier (chaleureusement ?) , au nom de la discipline que nous aimons, les centaines de courageux qui sont venus malgré cela assister aux joutes des stayers en cet après-midi de feu …
Côté coureurs et entraineurs ensuite … Evoluer dans la fournaise, respirer la chaleur étouffante renvoyée par le ciment de la piste et les vapeurs d’échappement ou revêtir le lourd habit de cuir du pacemaker relevaient en ce samedi de l’acte méritoire …. Certains coureurs auront d’ailleurs recours au « camelback » pendant les échauffements, les séries, voire la finale …

Outre le cagnard qui fit rissoler la piste comme pommes de terre en poële, une seconde contrariété s’est invitée , sous la forme des défections de Michaël BUFFAZ, qui pouvait logiquement prétendre à un statut de co-favori, de Stevens DUPOUY, qui eut été mieux qu’un outsider, et enfin de Cyril CHAPIN … Ce type de préambule n’est pas du genre à engendrer l’allégresse, on en conviendra … (je ne parle pas bien évidemment des coureurs, qui n’ont pas forcément la même perception de ce type d’annonce que les entraineurs ou les organisateurs …) Mais Dieu merci, il en aurait fallu davantage encore pour entamer l’énergie de l’équipe organisatrice, des coureurs et entraineurs sur place, qui déploieront tout au long de la journée un zèle et un courage bien louables en ces circonstances …
Et voici venir les séries … Exit Eric BUFFAZ donc … Dès lors, David DEREPAS tient il encore la belle condition entrevue à la mi-Juin ? Que vaut derrière le rouleau de la moto le néophyte François LAMIRAUD ? Quel Antony GILLOT allons nous voir aujourd’hui sur la piste ? Et Jérôme MONTAGNE, auteur de belles courses à ANGERS peut il, comme j’en ai l’intime conviction, jouer un rôle d’outsider ?
Dès cette première série, on va obtenir les réponses, éclatantes : David DEREPAS tourne en ce jour tel un avion, fournaise ou pas. Après son admirable entame, on est édifié sur les dispositions de stayer de François LAMIRAUD … Enfin, c’est du bon GILLOT qui tourne sur l’anneau DESCARTOIS. Tout ce beau monde « passe la rampe ». Tout comme Martial KNEISKI, qui, après un bon début de course, ne va vivre une suite de la même eau. Derrière, c’est la Bérézina : Sylvain BURIN débourse au terme de la série 18 tours, rien que çà ! Jérôme MONTAGNE et Eric GERBERON sont quant à eux contraints à l’abandon … Les conditions de course sont trop éprouvantes … François LAMIRAUD et Anthony GILLOT, qui semblent s’être tenus sur la réserve, terminent à 4 et 7 tours de David DEREPAS ; Martial KNEISKI à 11 tours ! En voici des signes annonciateurs d’une journée particulière …

La deuxième manche nous délivrera pour sa part moins d’enseignements, mais côté émotions, pardon ! D’abord, Benoît DAENINCK ne réfute pas le statut de co-favori que l’on est en droit de lui prêter … Mais il délivre des messages difficiles à interpréter … De la force, de la maîtrise … Et puis, des sautes de régime, des incohérences de rythme … Et quand on vient à s’inquiéter franchement de sa trajectoire, il nous gratifie de quatre tours de sprint impresionnant … Allez donc y comprendre quelque chose … Derrière lui, Serge VERSCHERE, le « doyen du peloton », délivre une prestation toute de maîtrise et d’à propos, « drivé » par un Marc PACHECO aux trajectoires pertinentes … Le « Serge VERSHERE Show » commence, et Aurélien ESTEVES, Guillaume DIOT, Emilien CLERE, feront les frais de sa remontée aux avant- postes … Va-t-il aller chatouiller de son allure insinuante le grand Benoît DAENINCK ? Poser la question est tout ce que l’on pourra faire, puisque Benoît choisit ce moment pour se relancer à une allure étourdissante …
Mais l’autre temps fort de la série se joue derrière, avec le terrible coup de chaleur que subit Emilien CLERE … Dans le temps de la course, il a dû subir les conséquences d’un incident mécanique, qui l’a contraint à reprendre le cours de la ronde une fois la réparation faite … C’est peut être cet effort intempestif qui va l’amener au bord du gouffre … A l’arrivée, Emilien s’écroule tout d’une pièce, victime de sa générosité et des effets de l’implacable chaleur … Il doit être porté, pour être réconforté, à l’abri du feu du soleil, jusqu’au couloir d’accès à la pelouse …

L’on va s’inquiéter pour la santé du stayer champenois une longue demi-heure, à l’issue de laquelle on ne sera pas plus rassuré que çà de savoir, peu avant la finale, qu’il va mieux et qu’il en prendra le départ … L’écrémage de cette série a désigné comme sortant Emilien ESTEVES, qui a enregistré onze tours à la rubrique « débit » de son « compte coureur » (admirez au passage l’habileté de l’ image …)
Une sourde inquiétude épaissit l’atmosphère déjà rissolante de l’endroit, inquiétude née de l’épisode Emilien CLERE bien sûr, mais aussi des écarts insolites enregistrés à l’issue des séries …
L’entame de la finale ne va pas dissiper cette impression … Elle va plutôt la renforcer , lorsque Guillaume DIOT réclame une roue sur la ligne de départ … La tension devient pesante, dramatique même, oserai je avancer, alors que les motos pendant ce temps là autour des coureurs rangés en file indienne … Gros plan sur le visage de David DEREPAS : ici, on affiche « concentration totale » … Idem chez Benoît DAENINCK, dont la physionomie se nuance d’une pointe de décontraction … François LAMIRAUD affiche en devanture : confiance et sérénité … La mine d’Anthony GILLOT révèle une grande tension … Serge VERSHERE expose le flegme que confère l’expérience … Emilien CLERE parait pour sa part ailleurs, et semble songer en lui-même « qu’est ce que je vais dérouiller dès qu’on va démarrer … Est-ce que je vais seulement pouvoir finir ?» … Martial KNEISKI parait concentré lui aussi, mais déjà comme gagné par la lassitude … Enfin, Guillaume DIOT a le masque du gars qui sait que les minutes à venir vont être rudes à vivre … Fin de la scéance contemplative … Action désormais : c’est au pic de cette tension que Bernard FILIATRE accélère pleins gaz, tout extérieur, pour aller chercher David DEREPAS, qui sprinte déjà pour éviter le rapproché de Benoît DAENINCK, qui tente le coup qu’il fallait tenter, vu la performance affichée par le coureur Dijonnais en séries : prendre la position de tête … Au prix d’une belle passe d’armes, David conserve la « pole position » … Et c’est par conséquent avec Benoît DAENINCK « sur ses reins », et un François LAMIRAUD posté à un demi-tour, comme comptant les points, que David DEREPAS tourne de son allure si singulière, impeccablement protégé des remous par Bernard FILIATRE … Impatient, Benoît tente très vite le rapproché … Ca devient chaud, très chaud (comme s’il y en avait besoin) … Ce départ sur les chapeaux de roues a fait mal derrière … Anthony GILLOT conserve quant à lui sa belle allure et résiste admirablement un temps au rapproché de David DEREPAS … Et puis, au fur et à mesure des tours qui passent, les rictus de souffrance se multiplient sur son visage … Ce départ tonitruant … Cette chaleur invraisemblable … Rien ne va bientôt plus, et la belle machine va se dérégler inexorablement … Lorsque le stayer de l’AS SEGRE « mettra la flèche », il reste une centaine de tours à accomplir … J’ai un pincement au cœur lorsque je vois Anthony quitter l’anneau et se diriger seul vers le quartier des coureurs … Pas besoin d’aller lui demander si c’est aujourd’hui son dernier championnat de France … J’ai peur de la réponse … Le cabas à émotions commence à se charger, vous ne trouvez pas ? Mais cette émotion là, je m’en serais bien passée … Mais restons à la rubrique émotions, car le « Serge VERSHERE show » reprend … Il est encore là le bougre et déroule sagement sa course, l’air de ne pas y toucher, bien calé dans le sillage d’Alain GAUDILLAT, (Marc PACHECO devant conduire son poulain François LAMIRAUD). Que nous réserve t-il comme surprise, se met on à penser alors ? … Et puis voici qu’à 103 tours du terme de la course, Benoît DAENINCK, qui, peu avant, s’est fait passer par François LAMIRAUD, le repasse, alors qu’au même moment se nouait le drame GILLOT …. Et c’est au tour de Martial KNEISKI, à 85 tours de la fin, de mettre les bouts, épuisé … Sale journée pour les braves … Et puis un nouveau coup de théâtre, car quelques tours plus loin, c’est Serge VERSHERE qui démonte le chapiteau … Le spectacle est terminé, pour ce qui le concerne … Il peut saluer l’assistance, tout en roulant bon train encore … Quel sacré championnat de France il nous aura fait !
Il reste 56 tours à accomplir, et seul François LAMIRAUD reste dorénavant dans le même tour que David DEREPAS …

Le soleil est au zénith de son action dévastatrice … Peu avant, Benoît DAENINCK, dont la trajectoire décline désormais nettement, a dû, après s’être fait passer par le coureur de Marc PACHECO, se voir en effet dépasser par David DEREPAS, impérial en ce jour … Et puis à 48 tours de la fin, tous les coureurs (enfin, ceux qui restent) sont désormais à 1 tour et plus . On peut maintenant raisonnablement penser que la messe est dite …
Pour les cinq coureurs encore en piste, la ronde prend dès lors un petit côté « travaux forcés » sous le cagnard … Sauf pour DEREPAS, même s’il éprouve maintenant de temps en temps le besoin de se dégourdir les mains en les secouant l’une après l’autre, ou en empoignant le haut du cintre … Les autres, tous les autres, eh bien, ils en bavent ! Il suffit de s’attarder sur les masques douloureux de Benoît DAENINCK et Guillaume DIOT, qui de plus en plus se mettent en danseuse au sortir du virage côté ligne opposée à l’arrivée, de regarder Emilien CLERE, abattu sur sa machine, héroïque, mais d’un courage qui fait maintenant un peu peur, galérer à l’arrière … François LAMIRAUD reste indéchiffrable, mais pas besoin d’être un grand clerc pour voir que lui aussi est « dans le dur » …
Dans cette course infernale, pour David DEREPAS, c’est « marche triomphale » … Derrière lui, c’est le bal des souffrances et les derniers tours semblent interminables … Emilien CLERE, « poussé » par un public admiratif essaie d’aller au bout de la punition …
David DEREPAS, impressionnant tout du long de la course, en termine … Son titre de champion de France , il l’a voulu, et sa joie de l’obtenir se lit sur son visage alors qu’il décélère une fois la ligne d’arrivée franchie … Je me trompe peut être, mais voici un garçon qui a l’air vraiment content d’être champion de France des stayers … Cà, çà fait plaisir …
François LAMIRAUD termine second … Il s’est offert en ce jour un drôle de baptême du feu … Benoît DAENINCK fait 3 … Il semble infiniment déçu … Mais il ne peut pas, il ne doit pas rester sur cet échec … Qu’il se rappelle simplement pour ce faire les promesses de sa course de 2005à COMMENTRY … Guillaume DIOT, quatrième, aura démontré un sacré courage … Enfin, Emilien CLERE, cinquième , aura été au-delà du sien …. Mais il nous aura inquiété jusqu’au bout, puisqu’il s’écroule à nouveau en descendant de vélo et doit être porté jusqu’au quartier des coureurs …
Qu’ils soient donc tous félicités, ceux qui auront été au bout de cette course incandescente, et notre respect à tous ceux qui ont eu l’estomac de participer et d’animer cette édition courue dans des conditions situées parfois à la lisière des possibilités humaines .

L' INTERVIEW " à chaud"
DAVID, COMME CA, « A CHAUD », LE « RESSENTI » DE TA COURSE … TU DONNAIS L’IMPRESSION D’ETRE VACHEMENT « FACILE ». C’ETAIT BIEN CA ? - Oui … C’est vrai que je me suis préparé, çà fait un mois, plus d’un mois en fait que j’ai un petit peu sacrifié la préparation sur la route, sachant que je pouvais être champion de France de Demi-Fond … Parce que un titre, comme je le dis souvent, quelle que soit la discipline, çà reste un titre …Et puis c’est vrai aussi que j’avais besoin de ce titre, puisque ma carrière n’est pas finie, mais elle n’a pas été ces dernières années à la hauteur que je voulais … QUEL AGE AS-TU DEJA, DAVID ? - j’ai vingt huit ans . Pour plusieurs raisons donc … Peut être que j’ai trop vite fait le pas d’aller dans de grosses équipes . Après je me suis un petit peu écoeuré de voir comment cela se passait … Et maintenant je retrouve le plaisir, notamment avec le Demi-Fond qui m’a apporté un autre plaisir d’entrainement à la maison qui me permet de voir autre chose du vélo … DEJA L’ANNEE DERNIERE, TU ETAIS BIEN ET TU N’ETAIS ALORS PAS LOIN DU TITRE … ET ON M’A DIT QUE C’ETAIT TA PREMIERE PRISE DE CONTACT AVEC LE DEMI-FOND ? - Cétait ma première course. Et bon, c’est comme je dis toujours, si ç’est pour venir pour faire le beau et ne pas faire la course, autant rester à la maison ; donc c’est vrai que l’année dernière, j’étais néophyte. Mais un petit entrainement « à la maison » sur la piste de DIJON, où l’on avait pris nos marques, et on savait qu’on n’allait quand même pas être ridicules … On savait pas trop ce que çà allait donner, mais on avait pris des marques derrière la moto de Bernard FILIATRE .. Et puis, je fais du cyclo-cross, alors j’ai quand même sur le vélo la facilité, à savoir où mettre les roues … Donc, çà ne m’a pas posé trop de problèmes …
ET LA MONTEE EN PUISSANCE EN VUE DES CHAMPIONNATS DE FRANCE, ELLE S’EST DANS CES CONDITIONS FAITE NATURELLEMENT ? ENTRE NOUS, DEJA A SAINT DENIS OU JE T’AI VU COURIR COURANT JUIN, TU ETAIS DEJA DANS CETTE FORME LA, NON ? TU Y ETAIS EN TOUS CAS DEJA IMPRESSIONNANT … - Non, j’étais beaucoup moins bien. A SAINT DENIS, c’était la première prise de contact de l’année, donc on renouait avec le Demi-Fond, et on avait appris qu’on allait aux championnats d’Europe à FORST en Allemagne. Là bas, on a découvert une discipline je dirais qui évolue à un niveau au dessus de ce que l’on connaît ici en FRANCE, et on a eu la chance quand même de se qualifier pour la finale ce qui a permis après de s’entrainer par la suite d’après les marques prises là bas et c’est pour cela qu’aujourd’hui je suis arrivé …. pas confiant, non … Mais je savais que je serai en bonne condition … Après j’avais peur c’est vrai de LAMIRAUD, parce que je l’avais déjà vu sur des courses derrière derny … Et puis je pensais que BUFFAZ allait être là … Notamment j’avais couru juste la semaine d’avant au TOUR DU DOUBS où il a fait une très très belle course, et je m’étais dit « si je ne suis pas bien, j’aurais beaucoup de mal à être Champion de FRANCE » … Et puis finalement …Comme quoi il faut toujours être prêt … Là j’ai eu la chance de ne pas avoir BUFFAZ comme adversaire en plus mais j’avais tout de même deux gros adversaires et je m’en suis sorti du fait que j’étais physiquement prêt …
DIS MOI DAVID, AU DEPART, TU ETAIS SUR TES GARDES, NON ? TU VOULAIS GARDER LA « POLE POSITION », NON ? - C'est-à-dire que, comme je l’ai dit, j’ai pris mes marques à FORST et j’ai tiré mes conclusions par rapport aux coureurs allemands et suisses … Donc maintenant , j’ai essayé de copier, je dirai, ce que j’ai vu là-bas … Après, je ne dis pas que je peux tenir toute la distance à cette allure là, mais pour aujourd’hui, çà ne m’a pas posé de problèmes …. ET POUR L’AVENIR ? - Là maintenant, il y a les courses de demi-fond à venir, il y aura COUERON, BREST et puis DIJON dans la foulée … Pour moi, çà me permet aussi d’avoir quelques contrats, parce que je suis bien sûr chez JARTAZI, dans cette équipe Belge. Comme l’on sait très bien, c’est une équipe de troisième division, en Continentale, et les budgets sont plutôt restreints et du fait qu’on a de plus en plus de mal à rester au niveau professionnel, il y a de moins en moins d’argent pour les coureurs et c’est de plus en plus dur … Aussi, le Demi-Fond me permet d’avoir, comme avec le cyclo-cross, des contrats pour quelques courses et çà remotive le coureur ....
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