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1934 : UN BORDEAUX – PARIS SOUS LE MEME SOLEIL
« Je crois bien que j’ai eu peur … »
L’ homme qui vient de s’exprimer ainsi n’est pourtant pas de ceux que l’on peut impressionner facilement … Titulaire de la Croix de Guerre, avec deux citations, pour avoir un jour de Février 1916 sauvé la vie de son capitaine au FORT DE VAUX, blessé par une balle de mitrailleuse en Octobre 1917 … Comme on dit, « il en a vu d’autres » Francis PELISSIER …
Mais en ce Jeudi 10 Mai 1934 (jour de l’ Ascension, quel symbole !), il regarde, de la voiture suiveuse, ses trois coureurs lancés à 75 km / h derrière les motos pétaradantes de leurs entraîneurs dans le jour, et il se demande si cette fois, eh bien, il n’a pas poussé le bouchon un peu loin … Car sur ce BORDEAUX – PARIS, le 40è du nom, l’homme joue gros …
L’an dernier, il a fait gagner un néophyte, Fernand MITHOUARD, et sa réussite a impressionné le microcosme cycliste et le grand public. Et voilà qu’ aujourd’hui, il se retrouve piégé par la provocation d’un quotidien du soir, qui, sur six colonnes, afin de le mettre en boîte, a reproduit une supposée interview dans laquelle il est censé avoir dit : « A 100kms du départ, j’aurai 10 minutes d’avance … ».
Dès lors, dos au mur, il a choisi la surenchère, et annonce désormais à qui veut bien l’entendre, pour ne pas perdre la face : « Mes trois hommes seront seuls en tête avec 10 minutes d’avance à 100 kilomètres de BORDEAUX ! » …
Ses trois hommes ? Deux bons coureurs et un jeunot, qui n’ont pas vraiment les faveurs des pronostics … L’un, Fernand MITHOUARD est pourtant le vainqueur sortant … Mais en condition imparfaite du fait des effets d’une récente suspension, a-t-il bien le profil de l’opération commando que projette son Directeur Sportif ? L’autre, Jules MERVIEL n’a rien fait de probant depuis sa victoire dans PARIS TOURS en 1933, et il a intégré en début d’année l’équipe de Francis PELISSIER pour « se refaire la cerise » comme on dit … Quant au troisième larron, Jean NORET, qui pourrait parier un kopek sur lui ? Il est néo-pro de l’année, et ce n’est pas sa récente victoire dans un PARIS CAEN gagné au forceps qui peut lui conférer un statut de favori …
Eh oui, le piège vient de se refermer sur Francis PELISSIER … Il faut dire qu’il y a pris comme un malin plaisir, « Le Grand » … Et puis, comment ne pourrait il pas s’emballer un peu lorsqu’il s’agit de BORDEAUX – PARIS ? C’est SA course. Il la vénère, absolument.
D’ abord, il a contribué puissamment à sa légende, autant par ses deux victoires en 1919 et 1922, que par ses défaites mémorables, empreintes de panache et de superbe… Puis, il y a eu cette brève retraite en 1929, le temps de se lancer dans l’élevage de poules … Retraite qui préparait un come-back fracassant : 1930 est la dernière édition courue derrière entraîneurs humains. Et lui, le néo - retraité rangé des vélos, il enflamme la course, et loupe la victoire d’un souffle, suite à un imbroglio (ou un coup fourré ? – quand on connaît la « grande gueule » des frères PELISSIER, et les inimités durables qu’ils se sont fait tout au long de leur carrière l’hypothèse n’est pas farfelue …) : un quidam (un resquilleur dira Francis PELISSIER une vingtaine d'années plus tard), le retient par la selle au moment du changement de vélo à l’entrée du vélodrome, changement qu’il avait choisi d’escamoter, se sachant moins bon sprinter que son compagnon de fugue, le champion du monde Georges RONSSE. « La plus affreuse déception de ma carrière … » confessera t-il des années plus tard …

Francis PELISSIER freiné au moment du changement de vélo : un document exceptionnel
Enfin, en 1931, il remet çà, mais le mode d’entraînement a changé : plus d’entraîneurs humains, mais des motos dites « commerciales »… Avec son élève Léon LE CALVEZ, ils « mettent le feu » à la course, pour empêcher le retour de Georges RONSSE stoppé par une crevaison … Mais lorsqu’ils arrivent à ORLEANS ils ne trouvent pas leurs entraîneurs, qui ne les attendaient pas si tôt … Et pour cause : ils ont ce faisant pulvérisé tous les horaires de passage prévus ! C’est la catastrophe … Ecoeuré, Francis PELISSIER se retire. En 1932, seule une grippe tenace l’amène à déclarer forfait 48 h avant le départ. Il a désormais 38 ans révolus … Et l’ heure de la retraite, la vraie, cette fois, a bel et bien sonné ….
Et pourtant, en 1933, « Le Grand » repique au truc … Mais en tant que Directeur Sportif ! Et pour des débuts, il se commet dans le tonitruant, en faisant gagner un parfait inconnu, Fernand MITHOUARD, tout en régalant pendant tout le parcours la galerie d’un « SHOW PELISSIER » : départ « à fond les manettes »… acrobaties sur le marchepied de la voiture suiveuse … passage en marche de la voiture suiveuse à la camionnette-atelier-ravitaillement … rétablissement plein d’audace sur cette dernière … ravitaillement du coureur à l’épuisette … pantomime, exhortations, coups de gueule … Les coureurs, les suiveurs, le public en restent médusés …
Mais pour cette édition 1934, qui va se courir de bout en bout derrière moto commerciale (c’est une première), l’effet de surprise ne peut plus jouer. Les « ficelles » de Francis sont tombées, pour ainsi dire, dans le « domaine public ». Sa recette véritable, plus qu’une « potion magique » (qui ferait aujourd’hui sourire les apprentis –sorciers du dopage des années 90), c’est en fait le conditionnement moral intense du coureur. Pour Francis PELISSIER, le coureur dont il a la charge doit penser, manger, s’entraîner, dormir, communiquer BORDEAUX PARIS. Il regroupe ses poulains dans son séminaire de MONTALET SOUS BOIS, dans les YVELINES, (alors département de la SEINE), les surveille, les chouchoute, les conditionne, bref, les place en situation idéale. Pour le reste, il faut faire la part de « l’intox » vis-à-vis de ses confrères, de ses adversaires et du public …
Alors, c’est sûr, lorsque Francis PELISSIER a vu le jour se lever sur l’agglomération Bordelaise, son cœur a battu un peu plus fort que d’ordinaire, car lui seul connaît le degré de témérité de son entreprise, et ce dans la course qu’il chérit le plus au monde …
Quatre heures trente du matin … Au milieu d’une foule de courageux lève – tôt, les équipages quittent les Allées de TOURNY, et se dirigent vers les QUATRE PAVILLONS. Juste avant que le convoi ne s’ébranle, Francis PELISSIER a dispensé ses dernières recommandations.

Les derniers conseils de Francis PELISSIER à Jean NORET

les équipages quittent les allées de TOURNY
Après 17 kilomètres de neutralisation, pour dépasser l’agglomération Bordelaise et ses embarras, ( les équipages entraîneurs – coureurs ne devant pas quitter la position qui leur a été attribuée au sein de la file), le vrai départ est donné. Nous sommes non loin de LIBOURNE … Il est 5 heures neuf minutes … Pour la première fois depuis que l’épreuve existe, les coureurs vont rejoindre PARIS dans l’espace d’une seule et même journée …. BORDEAUX – PARIS sera couru cette fois sous un même soleil !
Retour en arrière …
Francis a descendu lui-même en voiture jusqu’à BORDEAUX ses trois coureurs, et dès le mardi soir, ils sont sur place … Comme d’habitude, il s’est arrêté à l’ Hôtel du Lion d’ Or à BARBEZIEUX. Là, le patron leur donne à leur arrivée le livre d’or de l’établissement à signer : Francis PELISSIER signe : « un ancien vainqueur de BORDEAUX – PARIS ». Fernand MITHOUARD enchaîne en paraphant : « le dernier vainqueur de BORDEAUX – PARIS »… Vient le tour de Jean NORET. Il prend la plume et demande à son mentor : « Et moi, qu’est ce que je dois écrire ? » . Et, sans l’ombre d’une hésitation, Francis PELISSIER, répond, comme si la chose allait de soi : « Toi ? Tu signes : le prochain vainqueur de BORDEAUX – PARIS » …
Des années plus tard, Jean NORET avouera : « Je n’ai pas eu l’impression que Francis plaisantait, et j’ai suivi son conseil, comme s’il était logique. Ce diable d’homme vous donnait une confiance extraordinaire. J’étais sûr, dès ce moment, de gagner BORDEAUX – PARIS » …
Et puis, « Le Grand » va se confesser auprès de ses trois coureurs de sa surenchère (le coup des 10’ d’avance au bout des 100kms) :
- « Vous pouvez le faire, les gars ? Dites moi simplement oui ou non .»
- - « Tu commandes, Francis » , lui répond on.
- « Parfait ! Alors, attaquez dès le départ. A fond ! » s’exclame Francis.
Dès lors, il couche sa troupe … Secondé par son ami, l’ex champion de France Achille SOUCHARD, il passe une partie de la nuit au garage … Là, on sort le grand jeu : roue à 24 rayons, pneus en soie ( mon oeil …), chaîne à bloc ( à double rouleau)… Et le bon vieux 24 x 6 (8M 54 de développement - une folie à l’époque !)) avec pignon fixe, qui avait si bien réussi à Fernand MITHOUARD l’année précédente …
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5 h 09 – Route de LIBOURNE .
Dans le bruit assourdissant des échappements de moto, déchiré par le bruit des trompes et des sirènes, trois coureurs se détachent illico : ce sont les « PELISSIER’s boys », qui sont partis à fond, et comment !!! Seul Jean MARECHAL arrive un temps à suivre le trio … Le Belge VAN RYSSELBERGHE, vainqueur de l’édition 1931, n’a rien trouvé de plus pressant que de vouloir satisfaire un besoin du même ordre … Il va le regretter amèrement … 75 kilomètres à l’heure au compteur : pour un départ « à la biscotte », un départ « à la PELISSIER », c’en est un !!!
Fernand MITHOUARD emballe tel un taureau furieux la sarabande, suivi de ses deux compères lovés dans le sillage de la noire moto de leurs entraîneurs « cuir – assés » ... Jean MARECHAL, qui a tenté de suivre, n’est pas long à « sauter » : une crevaison plus tard, et il ne reverra plus qu’à PARIS les maillots vert amande des trois « dynamiteurs » …

Le formidable rush de MITHOUARD
Et les autres, me direz vous ? … Au bout de 30 kilomètres, GABARD pointe à 1’, MOINEAU à 1’30, MARECHAL et LOUVIOT à 2’, Léon LEVEL à 3’, le reste de la troupe au diable-vauvert ...
Première heure de course : 57 kilomètres 400 ont été abattus ! ! Et Francis PELISSIER qui ordonne à son commando d’accélérer encore ! … L’ entreprise prend une tournure surréaliste …
« Je crois bien que j’ai eu peur … »
Où vas-tu donc, Francis ? … Derrière, c’est la débandade … Les « as » Belges Frans BONDUEL et Romain GIJSSELS sont « dans les cordes » … Le départ des dynamiteros français leur est resté sur l’estomac … Seul Romain GIJSSELS va avoir une formidable réaction, et relever la tête … « mais, Godfordom, qu’est ce que c’est que cette course de dingues ! », doit il penser en moulant du kilomètre dans la sillage de son entraîneur …
Pendant ce temps, Fernand MITHOUARD, littéralement transcendé, continue de mener la danse. Tel le forcené moyen, il insiste, et pousse toujours des pointes de 75 Km/h au compteur de la moto ! (et dire que la moto plafonne à 90 de vitesse maxi !).
A CHEVANCEAUX, au kilomètre 72 ; MERVIEL perd le sillage de NORET, qui lui aussi se retrouve un temps distancé compte tenu du train insensé imposé par MITHOUARD. A ANGOULEME, au kilomètre 127, Fernand MITHOUARD et Jean NORET ont 35 secondes d’avance sur …. MERVIEL. Derrière, c’est la débâcle : 7 ‘ de débours pour MARECHAL, talonné par MOINEAU et GABARD. Romain GIJSSELS ? Il est à plus de 8 ‘ ! … Les autres ? Quels autres ? Ils sont encore plus loin !
Après trois heures de course, ce sont 165 kilomètres, qui ont été parcourus !
C’est alors qu’ arrivent les premiers signes d’inquiétude … Après RUFFEC, NORET se détache inexorablement. Et MITHOUARD commence à donner sérieusement de la bande …. Avant COUHE - VERAC (200è km), NORET se retrouve seul maintenant. Dès lors, Francis s’inquiète. Il prie l’entraîneur THOMANN de « freiner » NORET … Mais le gars Jean, en douce, crie de son côté à son entraîneur : « Allez, allez plus vite ! » …

Jean NORET
Quant à « Julou » MERVIEL, il émarge à 2’ 45’’ désormais … Avant POITIERS, (km 235), il en aura huit de plus à son compteur …
Pendant ce temps, GIJSSELS est remonté de la 8ème à la 4è place. A CHATELLERAULT (km 268) il pointe maintenant au troisième rang ! Sur cette route de CHATELLERAULT, Fernand MITHOUARD est en train de « prendre cher », et il ne compte plus les minutes qu’il laisse filer sur son coéquipier NORET … Le deuxième étage de la fusée PELISSIER a explosé en plein vol …

le passage de MITHOUARD à CHATELLERAULT
Au km 339, à TOURS, le lauréat de l’édition 1933 est à plus de 16 minutes ! Et Romain GIJSSELS n’est plus très loin de lui, à deux minutes et des poussières …

MITHOUARD passe 2è à TOURS ... près de 17' après NORET !
Du côté de NORET, son parcours n’a rien du fleuve tranquille : d’abord, il a évité de peu la chute, lorsqu’un chien a traversé la route juste devant son entraîneur, puis, sur les bords de LOIRE, il s’est retrouvé seul pendant une vingtaine de kilomètres, son entraîneur COLOMBATTO ayant chuté deux fois, percutant un mur, et l’autre, THOMANN, s’étant brûlé les yeux en voulant ravitailler en essence sa moto tout en roulant !

Philippe BONO aux petits soins pour son camarade Jean NORET
Et Francis PELISSIER de penser maintenant que son coup d’esbrouffe pourrait maintenant prendre une vilaine tournure, et tourner très vite à sa totale confusion … Fernand MITHOUARD est « rincé » maintenant … MERVIEL, lui, est en perdition à 22’08’’, et il peut compter les coureurs qui le dépassent …. On peut d’ailleurs imaginer que ses victimes matinales, en le passant, doivent le toiser du coin de l’œil et se réjouir férocement de voir son départ dément lui revenir en boomerang. Laminé par les bords de la LOIRE, il va bientôt abandonner.
Plus tard, ce sera le brave MITHOUARD, à bout de forces, qui abandonnera à MEUNG SUR LOIRE … Francis a du mal à cacher son dépit, et un muet reproche vis-à-vis de son coureur défaillant peut se lire dans ses yeux …
« Je crois bien que j’ai eu peur … »
Pourtant, NORET ne s’affole pas, confiant en son Directeur Sportif. Il attend sereinement –pendant une vingtaine de kilomètres ! – ses entraîneurs …. Francis PELISSIER lui dépêche les entraîneurs de MERVIEL pour le dépanner … Les entraîneurs de MERVIEL dépassent à tombeau ouvert les conccurents éparpillés le long de la LOIRE … Et ils tombent enfin sur NORET, qui dès lors repart de plus belle !
A BEAUGENCY, Romain GIJSSELS a pris la deuxième place. Mais Jean NORET caracole toujours loin devant et ne donne aucun signe de défaillance. A ORLEANS, (kilomètre 455), il compte 19’35’’ d’avance sur le Belge, exactement.

Francis PELISSIER sur le marchepied : une image pour l'histoire
Et après tout, si ce Jean NORET était capable d’aller jusqu’au bout ? Il a l’air si facile … Il enroule puissamment, sans désemparer. Il dégage une impression de force ramassée et de souplesse qui inspire la confiance.
Mais … Mais comment va-t-il passer la Vallée de CHEVREUSE et ses côtes redoutables ? L’an dernier, Fernand MITHOUARD y avait subi une défaillance qui compte dans l’existence d’un coureur.
Plus tard, beaucoup plus tard, Francis PELISSIER confessera : « Jean NORET ne demandait rien … J’aurais bien aimé qu’il me demande quelque chose … Il a fait toute la course à l’eau sucrée. Avec pour être franc, deux ou trois lampées de COGNAC «Trois Etoiles» » (4 ou 5 litres de PORTO selon Jean NORET, dans une interview accordée en 1955).
Des nouvelles de l’arrière ? Romain GIJSSELS, l’as Belge, le vainqueur de l’édition 1932, deuxième en 1931 et 1933, a atteint le point ultime de sa trajectoire. Il est certes passé second à ORLEANS, dont la traversée est alors pavée, mais il est à bout de ressources … En plus, NORET, qui est reparti de plus belle, et son avance, un temps un peu entamée, s’ accroît désormais ! Découragé, rompu, GIJSSELS est dépassé par Julien MOINEAU à la sortie d’ ORLEANS … Et peu après, il renonce. Quant au crack Frans BONDUEL et au vainqueur de 1931, VAN RYJSSELBERGHE, il y a longtemps qu’ils ont « bâché » ! …
Sale journée pour les Belges, décidemment !
La Vallée de CHEVREUSE approche … Voici ETAMPES et son interminable traversée en d’affreux pavés. … Il faut changer de vélo à l’amorce de la côte de …. . Jean NORET s’arrête soudain. Francis surgit derechef tel un diable sortant d’ une boîte, et passe à NORET son vélo de côte … Henri, le frère aîné, récupère le « vélo de papier », « spécial BORDEAUX – PARIS ».

Le changement de vélo à ETAMPES
Et Jean NORET, le néophyte, le quasi-inconnu, poursuit son incroyable chevauchée, toujours rayonnant de facilité et de santé … Il se permet même, par jeu, de tirer la langue aux photographes, tout en roulant à plus de 50 à l’heure !

Jean NORET en force dans la côte de ST REMY LES CHEVREUSE
On approche de PARIS. Cette année, on ne grimpera pas PICARDIE et sa côte fameuse. Pour en rajouter dans l’épate, Francis PELISSIER s’autorise un suprême cabotinage … Comme si la démonstration de son poulain n’était pas assez ostentatoirement triomphante, il l’arrête et lui fait faire, à la porte du vélodrome, une petite toilette : il lui passe un maillot propre et lui fait enfourcher un vélo flambant neuf ! Messieurs les photographes, à vous de jouer, maintenant !
Aux observateurs incrédules devant l’état de fraîcheur du vainqueur, celui que l’on va désormais affubler du surnom de « Sorcier » conclut en forme de provocation, comme un ultime pied de nez à sa frayeur matinale (rappelez vous : je crois bien que j’ai eu peur …) :
« L’ explication ? La voilà ! Autrefois, on demeurait 18 ou 20 heures en selle. Cette fois, NORET n’est resté que 12 heures et demi sur son vélo ? Ce qui compte le plus, c’est le temps de selle ! » …… Ben voyons …

Et Jean NORET ? Eh bien, il ne retrouvera plus jamais un jour de grâce comme celui qu’il connût sur la route de BORDEAUX à PARIS en ce 10 Mai 1934.
Il s’y recollera, pourtant, à ce BORDEAUX - PARIS, en 1935, en 1936 et en 1937. Mais sans succès. La légende du « BORDEAUX - PARIS qui tue le coureur qui l’a gagné » est en train de naître …
Mais qu’importe ! Jean NORET a laissé en ce 10 Mai 1934 une empreinte indélébile dans la saga de BORDEAUX – PARIS et marqué l’histoire du cyclisme tout court, par son exploit athlétique d’anthologie.
EPILOGUE :
Un jeudi 10 Mai 1934, dans la campagne Bordelaise, trois coureurs, ahannant dans le sillage de centaures de cuir et de métal qui déchiraient de leur vacarme l’aurore incertaine, se sont grisés de vitesse et d’audace, et ont tracé avec leur sueur 571 kilomètres d’ éternité …
« Je crois bien que j’ai eu peur … »
Merci à Mr MIELLOT pour sa collaboration
LE CLASSEMENT :
1er Jean NORET (FRA)
équipe F. Pélissier - Hutchinson - (maillot vert amande)
cycles Mercier Francis Pélissier
les 571 kms en 12h 29’27’’ (moyenne : 45,713 km/h)
2è Raymond LOUVIOT (FRA)
équipe Génial Lucifer Hutchinson - (maillot rouge - épaules blanches)
cycles Génial Lucifer
à 19’13’’
3è Julien MOINEAU (FRA)
équipe France Sport Wolber - (maillot Bleu bande blanche)
cycles France Sport
à 31’53’’
4è Albert GABARD (FRA)
équipe Delangle Wolber – (maillot Blanc bande bleu roi)
cycles Delangle
à 1 h 28’ 33’’
5è Léon LEVEL (FRA)
équipe Génial Lucifer Hutchinson - (maillot rouge - épaules blanches)
cycles Génial Lucifer
à 1 h 50’ 53’’
6è Jean MARECHAL (FRA)
équipe Génial Lucifer Hutchinson - ( maillot rouge - épaules blanches)
cycles Génial Lucifer
à 2 h 33’’
Abandons :
Romain GIJSSELS, Frans BONDUEL, Bernard VAN RIJSSELBERGHE (BEL), équipe Dilecta Wolber (maillot mi or - mi bleu)
cycles DILECTA
Fernand MITHOUARD, Jules MERVIEL (FRA)
équipe F. Pélissier Hutchinson (maillot vert amande)
cycles Mercier Francis Pélissier.
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