C'est dans un autre sillage, celui du vénérable Père PACEMAKER, que nous allons désormais nous engager ... Vous ne le connaissez pas ? ... Comment vous le décrire ? ... Essayez d'imaginer un peu une sorte de Père FOURAS, érudit en diable, qui aurait usé ses yeux à lire tous les ouvrages du siècle passé, mais qui aurait également tâté de la piste et hanté tous les vélodromes de la planète, dans une éternité antérieure ... (P.S : pour vous rendre son existence plus palpable, allez faire un tour dans la rubrique " Galerie Expo Permanente " .
Mais ne trainassons pas ... Il nous entraîne (réminiscence de son existence passée ?) d'un pas gaillard, à priori improbable chez cet être cacochyme, et nous incite à le suivre ...
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Extrait :
" Jamais l'allure du coureur n'avait été plus heurtée, jamais il n'avait trahi derrière son entraîneur un tel énervement et un tel malaise. Deux fois il avait décollé, sans cause, et les spectateurs, impitoyables, l'avaient sifflé.
Les deux fois, il était revenu rageusement sur la motocyclette de son associé et il avait crié : "Plus vite !"
........
Celui-ci arrondit le dos, comme un chat, pour résister
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Trois fois, BIGOURDET avait cru le passer. Mais trois fois, au dernier moment, son ancien coureur avait retrouvé, tout au fond de son énergie, une sorte d'élan désespéré. BIGOURDET en conclut qu'il l'avait attaqué trop tôt : il revint sagement à la corde, derrière lui.
Et ce fut à ce moment, sans cause, que le pneu de la bicyclette de Roger éclata, la roue de devant se mit en travers et se brisa ....
Nicolas MARTIN, du site , http://www.encyclique.com/Pages/ecrivains.html
a eu la bonne idée de confier aux F.D.D.F ce bouquin, dont sont extraites ces lignes :

FRANGINS est l'histoire de deux amis, deux "frères", Roger GALADIER et Marcel POINSOT, apprentis chez BIGOURDET, marchand de cycles et ancien champion.
Pris tous deux par le virus du vélo, ils s'lignent à leur première course un dimanche chacun leur tour, utilisant le seul et unique vélo en leur possession, avant que leur patron ne se décide à les assister dans leur passion.
Roger, l' extraverti, se révèle un très bon coureur, et devient un stayer de haut niveau. Mais il prend des libertés avec le métier, et sa désinvolture va l'amener à se fâcher avec son patron.
L'autre, Marcel, le plus réservé, fait preuve de toute la discipline et du sérieux nécessaire à l'accomplissement du champion. Il remporte le titre mondial des routiers amateurs ...
Tous deux, ils se disputent l' attention de la belle Jacqueline, qui va marquer une préférence pour Roger. Mais Roger n'est pas du genre constant ... Malgré celà, la belle en pince pour lui, restant insensible à la flamme sincère et patiente de Marcel ...
Mais Roger va se tuer en course sur la piste du Vélodrome Buffalo, sous les yeux de sa belle ... Le "happy end" attendu dans ce genre de circonstances va voler en éclats ... Jacqueline n'a que de l'affection pour Marcel, rien de plus, et la mort de Roger ne les rapprochera pas davantage ... Leurs routes vont diverger ... La mort de l'être qu'ils chérissaient mutuellement ne les rapprochera pas ...
" Nous l'aimions bien " s'avoueront ils avant pour s' éloigner à jamais l'un de l'autre .....
Ce livre, probablement destiné aux adolescents de l'entre deux - guerres est tout à fait attachant, et évite habilement certaines des conventions du genre, utilisant les fausses pistes, avec une fausse ingénuité qui force finalement l'intérêt ...
Je vous le recommande ...
" FRANGINS " , de Robert DIEUDONNE , éditions des PORTIQUES - 1931
Avec nos remerciements à Nicolas MARTIN
6 Mars 2008
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Ecrivez nous à : fddf@dbmail.com
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Extrait :
" ..... Deux jours après, l'entraînement commençait. Edgar, le chef surmonté d'un casque de cuir rigide, tourna dans le sillage de BALIDON, lentement d'abord, puis plus vite, une demi-heure seulement. Le lendemain, progression; le surlendemain, épreuves de vitesse. BALIDON était ravi de son poulain. D'autres stayers s'entraînaient sur cette même piste. BALIDON, le huitième jour, prit leur temps. Edgar MOUQUET faisait chaque tour en deux secondes de moins que les autres. Alors, il lui annonça : "Je vais te faire inscrire au critérium des débutants : une course qui doit se discuter entre quatre jeunes stayers, sur trente kilomètres derrière grosses motos. Tu dois les gratter si tu n'es pas une moule ! "
C'est le "bouquin" qui s'oublie aussi vite qu'il se lit, pauvre en bonnes surprises mais riche en lieux communs et en humour rance .. L'auteur reconte l'histoire d' Edgar MOUQUET, jeune apprenti dans un magasin de cycles tenu par un ancien coureur, qui assouvit son irrépréssible vocation de champion cycliste en devenir en s'essayant un jour au demi- fond ...
Après avoir gagné un critérium de débutants, il découvre ses talents de boxeur à l'occasion d'un combat de rue. Là, après force accumulations de clichés lourdingues et situations convenues (le manager un peu limite, la star de cinéma, la gloire factice et j'en passe et de plus usés ...) il devient champion de FRANCE puis du MONDE (rien que çà !) du "noble art".
Mais, après avoir perdu son titre, et s'être fait copieusement démolir à cette occasion (avec notamment une brisure du tibia droit : ce type devait boxer avec les pieds ?), il revient en la mère patrie sans un rond. Il y finit ses jours, moralement et physiquement déglingué, en formateur de stayers au Vél d' Hiv, reposant son corps meurtri dans le costume du pacemaker ...
Pour vous donner une idée de - comme-quoi-je-n'exagère-pas, je vous livre comme çà, brut, le mot de la fin de ce pauvre ouvrage :
" Du moment qu'on rentre dans la tradition, dit l'abbé, il y a toujours des chances de retrouver l'ordre créé par la Providence ."
N'en jetons plus, la cour est pleine ...
Paraît il que Jean DRAULT était un auteur de romans à connotation humoristique ... Un autre ouvrage, " La Pédale humanitaire" traitait parait il du vélo lui aussi ....
Reste que les textes de Jean DRAULT présenteraient des connotations antisémites. Rien de tel dans ce modeste bouquin qui a suffisamment de défauts par ailleurs pour ne pas s'encombrer de celui là ...
" EDGAR MOUQUET Sportif Professionnel" , de Jean DRAULT, illustré par Roger BRODERS , édité chez MAME ( visiblement écrit entre les deux guerres (pas de date d'édition sur l'ouvrage)

21 Décembre 2007
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Et pour cette fois-ci, c'est du côté des salles obscures qu'il nous entraine, le Père PACEMAKER ....
J'en connais qui ont dû sourire en lisant que l'un des objets du site, (rubrique : FRANCE DEMI FOND, KEKSEKESA ?), est, je cite : " la mise en perspective de la dimension patrimoniale de ces disciplines à travers l'évocation de leur histoire et de leur traitement à travers les arts (littérature, cinéma, peinture, etc ...) " ...
Et puis quoi encore ?, ont ils dû se dire, ces circonspects ...
Et pourtant, le demi fond a bien fait l'objet d'évocations à travers la littérature (çà, cette rubrique vous l'a suffisamment démontré jusqu'à ce jour, et vous n'êtes pas au bout de vos surprises en la matière ... ), le dessin et la peinture (là aussi, attendez vous aussi à quelques surprises de ce côté là ...), et le cinéma ...
Mais oui, le cinéma !!!
A notre connaissance, le demi - fond a servi de trame où de prétexte en FRANCE , dans 3 films :
- LES RIVAUX DE LA PISTE (1932), de Serge De POLIGNY

collection Jacques SERAY
Ici, c'est l'histoire d'un stayer, qu' ALBERT PREJEAN a dû interpréter de façon tout à fait crédible, puisque l' artiste tâtait du vélo, était l'ami des champions d'alors (André LEDUCQ ne manque pas de le rappeler dans le fabuleux ouvrage "Une fleur au guidon") et quelques années plus tard reprendra du service sur la route pour interpréter " Pour un maillot Jaune" auprès de la belle Meg LEMONNIER ... Le tournage des scènes de demi - fond est réalisé sur le vélodrome de FORST en 1931 (photo ci-dessous), avec des "ténors" de l'époque, Gabriel MARCILLAC et Jean BRUNIER.

Jean BRUNIER ici devant Albert PREJEAN
Paulette DUBOST, l'une des protagonistes de ce film, aujourd'hui sémillante nonagénaire, l'évoque aussi à travers son livre de souvenirs, sur lequel nous aurons l'occasion de revenir un jour dans cette même rubrique ...

collection Jacques SERAY
- RECORD DU MONDE (1930)

collection Jacques SERAY
Film de Robert BOUDRIOZ, sur un scénario d' André REUZE (dont les nouvelles notamment hantaient les pages des Miroir des Sports d'avant- guerre ...)

collection Jacques SERAY
Ici, c'est le beau Charles PELISSIER, le " gandin " de la célèbre fratrie, qui est la vedette de ce film et qui s'essaie au derrière moto, discipline qu'il fréquentera en fin de carrière, en même temps que le Derny, qui lui vaudra sa dernière grande victoire en 1938 au DERBY de ST GERMAIN ...
Mais " Charlot" est en 1930 une vedette en devenir, seulement auréolé de la légende de ses grands frères et de ses titres de champion de FRANCE de cyclo-cross ... Il va prendre sa pleine dimension en l'été 1930, à l'occasion d'un TOUR DE FRANCE révolutionnaire, couru par équipes nationales.
Que peut bien valoir ce film ? ... Je serais heureux de recueillir vos témoignages à ce sujet ....

collection JacquesSERAY
- enfin, FRIC FRAC (1939), de Maurice LEHMANN etClaude AUTANT - LARA; avec FERNANDEL, Michel SIMON et ARLETTY (excusez du peu) ...

collection Michel MEREJKOWSKI
Ce joyau du cinéma français d'avant guerre s'ouvre sur une séquence de trois pleines minutes d'une course de stayers au vélodrome BUFFALO de MONTROUGE durant laquelle la grande LOULOU (ARLETTY), demoiselle de petite

La course de demi - fond à BUFFALO dans "FRIC - FRAC" - merci Jacques SERAY
vertu, et son copain JO (Michel SIMON), un truand minable, vont faire la connaissance de Marcel (FERNANDEL) ... Inutile de présenter ce film, il est dans toutes les mémoires pour ceux qui l'ont vu, les autres n'ayant plus qu'à se ruer sur le DVD ou dans les salles obscures ... A noter qu'il est tiré d'une pièce d' Edouard BOURDET crée en 1936 avec Michel SIMON, ARLETTY et Victor BOUCHER. Elle a été notamment reprise en 1971 avec Jean Pierre DARRAS reprenant le rôle tenu par FERNANDEL, Jean LE POULAIN celui de Michel SIMON et Catherine SAMIE celui d' ARLETTY (elle s'en sort très bien, ma foi !) ...

Collection Michel MEREJKOWSKI
A relever aussi que FERNANDEL et Michel SIMON étaient "en chien" lors du tournage, ce qui est difficile à croire quant on voit le résultat ... A la fin du tournage, les deux lascars ne se parlaient pas en dehors du dialogue et même le succès du film ne les réconcilia pas.
Voilà qui ne peut que rajouter à l'aura de ce film, la disparition du vélodrome BUFFALO constituant pour nous autres, les amoureux de la piste, un facteur supplémentaire de nostalgie ...
Merci à Jacques SERAY pour tous les documents qui illustrent ce sujet , et pour son livre "Tours de Manivelle"; dont je vous recommande vivement la lecture ...

11 Septembre 2007.
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Extrait :
TOUCHEZ PAS AUX SOUVENIRS d' André POUSSE
" J'ai couru mes derniers 6 Jours à PARIS en 1949, avec mon équipier Alvaro GIORGETTI. Nous avons pris le départ avec l'intention bien arrêtée de finir en vainqueurs. Je suis en super condition, affuté par les huit six jours que je viens de courir aux Etats - Unis. Quand on court pour la "gagne", on fait un peu moins les "primes", on s'occupe davantage du classement. Nous (Alvaro GIORGETTI et moi) sommes très bien placés, quatrièmes à un tour, quarante huit heures avant la fin. Mais une prime de deux cent mille francs est annoncée pour ce soir minuit. A l'époque, c'est beaucoup d'argent. Pour l'instant, on essaie tous d'oublier ce que l'on vient d'apprendre. Dans l'après-midi, au Parc des Princes, Léon LEVEL, un ex - champion du Tour de FRANCE, qui s'entrainait derrière moto s'est tué en se fracturant le crâne sur le ciment, malgré son casque. C'est BERRETROT qui vient de l'annoncer dans le haut - parleur, tout le Vél d'Hiv a observé une minute de silence . "

André POUSSE " Touchez pas aux souvenirs"
Robert LAFFONT - 1989
Le Père PACEMAKER n'a pas besoin de vous faire la " retape " de ce livre, en passe de devenir un " classique " ... Les morceaux de bravoure y sont pléthores ... En vrac dans le tas, des mésaventures d'un chanteur de charme qui fredonne " Je suis seul ce soir" à la crise de rire aux larmes lors de l'enterrement de Fernand TRIGNOL, au portrait qu'il fait de son père et de sa mère , et jusqu' à l'affaire" de ce fameux sprint (ndlr : celui qu'annonce cet extrait du livre, justement ...) à l'issue duquel le Vél d'Hiv' vécu deux heures d'émeute, il n'y a vraiment que l'embarras du choix ...
Le verbe est vif, malicieux, plein de gouaille, irrésistible ...
Plus délicats, ou à tout le moins à considérer avec circonspection, les passages relatifs à sa fréquentation du " Milieu" (cf. " l'anecdote" qu'il raconte sur Abel DANOS - terrible et glaçant), le "trou" de quelques années au début des années 50 dans sa biographie ....
Il reste que c'est un sacré bouquin, qui vous arrache sans coup férir de la mélancolie la plus tenace ...

Juin 2007
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Extrait :
LES MEMOIRES DE SOPHIE de Sophie DESMARETS
" Les courses de demi-fond sont à la mode. C'est un sport très dangereux, venu des Etats Unis et dont notre ami CERES (Sérès - N.D.L.R) est le champion incontesté. A l'encontre des "américaines" qui se disputent à deux, en équipes, le demi-fond se pratique seul, derrière une moto. Le cycliste doit se coller, au plus près, à la moto. Ce genre d'exercice provoquera des accidents terribles.
Très sympathiques en général, les cyclistes venaient d'horizons divers, mais toujours de milieux extrêmement simples. Quand j'entends les coureurs d'aujourd'hui s'exprimer à la télévision, j'ai l'impression que ce sont des énarques auprès de ceux que j'ai connu quand j'étais petite fille, et qui étaient pratiquement tous analphabètes. Quand ils parvenaient à se faire un nom, l'argent leur venait trop vite et trop facilement. Ils n'avaient aucun sens de sa valeur. Ma mère était choquée quand elle voyait CERES tirer un billet de 10 000 F de sa poche pour le donner en pourboire.

Aucun de ces sportifs ne s'est retiré fortune faite. Pourtant, il y en a eu des vedettes : Francis PELISSIER, Toto GRASSIN ... des noms connus des gens qui s'intéressaient au cyclisme, et tellement oubliés aujourd'hui.
Quand, dans les années soixante, j'ai ouvert une galerie d'antiquités, un petit vieux rabougri est entré un jour dans le magasin : " Bonjour, Jacqueline. Tu ne me reconnais pas ? ".

Non, je ne l'avais pas reconnu. C'était Toto GRASSIN. Il était devenu livreur de journaux à FRANCE-SOIR. Ca m'a serré le coeur. "
Sophie DESMARETS "Les Mémoires de Sophie"
Editions du Falbis - 2002
Le Père PACEMAKER ne peux que vous recommander la lecture de ce livre, pétillant de malice, d'esprit, tout à fait à l'image de l'une de nos plus attachantes comédiennes.

Avril 2007
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