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LE CHAMPIONNAT DE France 1997 à LINAS – MONTHLERY
De 1928 à 1959, l’autodrome de LINAS - MONTHLERY a été, même si par éclipses en ce qui concerne la période de l’après-guerre, le siège des Championnats de France des Routiers professionnels. Cela faisait donc 38 années que l’évènement n’avait pas été organisé sur le circuit de l’autodrome, et, signe des temps, la nouvelle n’est pas forcément bien accueillie par certains coureurs et directeurs sportifs … C’est que, faute de candidats à l’organisation, la Fédération Française de Cyclisme a dû se « rabattre » sur LINAS-MONTHLERY, et a dû louer l’autodrome.
Un autre signe de ces temps délétères pour le cyclisme : la désinvolture qu’affichent les « ténors » du peloton vis-à-vis de l’ évènement. Force est de constater que la quête d’un maillot tricolore ne les motive pas, nos « as » d’alors, les Laurent JALABERT, les Luc LEBLANC, les Richard VIRENQUE.
Ce dernier fait connaître son désistement le mercredi qui précède la course : le circuit est trop « facile » à son goût et il est hostile au principe d’un accès au circuit payant pour le public (70 FF l’entrée soit dit en passant !) … Le championnat de France est en ressembler à un bal de l’esquive …
Trop c’est trop … Le président de la F.F.C, Daniel BAAL, appelle personnellement Richard VIRENQUE, puis son Directeur Sportif, Bruno ROUSSEL : Il faut que Richard soit là pour « sauver » l’évènement. Finalement, Richard fera annoncer par Bruno ROUSSEL qu’il se décidera à faire le voyage jusqu’à LINAS « parce qu’il veut surtout permettre aux autres (lire : ses équipiers) d’être champion de France » …
Soucieux de sa communication et de son cher public, l’idole des foules françaises ? Certainement . Mais ce faisant, il sauve la mise à l’organisateur, qui ne s’en souviendra pas plus que çà lors du grand déballage, un an plus tard, de « l’affaire FESTINA ». Et reconnaissons que lui, au moins, fait honneur sur ce coup là à son statut de vedette.
Et puis, décidemment, le choix de l’autodrome reste dans la gorge de certains. Et la scéance de prise de contact le Vendredi 27 ne sera pas de nature à les faire changer d’avis : une quarantaine de crevaisons ( !), des traces d’huile et de graisse sur le circuit … La polémique n’est pas près de s’atténuer
Autre signe des temps inquiétant … On espère 10 000 spectateurs côté organisation, on en escompte 15 000 dans la presse locale. Finalement, 9 500 personnes franchissent les portes de l’autodrome …
Dimanche 29 Juin. pour clore le chapitre morosité, la météo n’est guère engageante, en ce dimanche d’été : la pluie s’est invitée, et elle arrose généreusement l’endroit ! Décidemment, ce championnat de France se déroule sous d’heureux auspices …
Le départ est donné par le vainqueur de la dernière édition disputée sur l’autodrome, celle de 1959 : Henry ANGLADE. C’est lui qui libèrera le peloton des 138 coureurs, Elite 1 et 2 (anciennement « amateurs »), où les imperméables font florès, pendant que, dans les tribunes, une bruyante ovation accompagne Frédéric MONCASSIN, l’un des favoris de l’épreuve …

Lui au moins, il a fait de la quête du maillot bleu-blanc-rouge un objectif, et il espère que la poisse tenace qui le marque « au cuissard » depuis le début de cette saison 1997 va enfin en ce jour le laisser tranquille.
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Car pour Frédéric MONCASSIN, 1997 est une curieuse année … Pensez donc :le 6 Avril, au TOUR DES FLANdRes, il a été la victime de l’arrangement de course pris entre ses deux compagnons d’échappée, le Danois SORENSEN, et l’ Italien BALLERINI, qui, le sachant plus rapide qu’eux à l’emballage, lui ont démarré à tour de rôle sous le nez . Une semaine plus tard, le 13, PARIS-ROUBAIX lui échappe à cause de l’attitude de Andreï TCHMIL, avec qui il s’est extirpé d’un groupe d’échappés. Ils ont pourtant fait le plus dur en réussissant à s’isoler, mais TCHMIL finasse, appuie mollement ses relais, et ils sont rejoints à l’entrée du vélodrome. La veille du championnat, le journaliste Philippe BOUVET écrira ces lignes signifiantes dans « L’ EQUIPE » : « ce serait justice si Frédéric MONCASSIN pouvait se rembourser ici de ses pathétiques déceptions du printemps … ». Ajoutons encore que début Juin, c’est un échange de coups avec l’allemand Rolf ALDAG qui ponctue un sprint au DAUPHINE-LIBERE … A l’évidence, « Fred » n’a pas que des amis dans le peloton. Cela est si vrai que durant le Tour de France il aura maille à partir avec ses « confrères » sprinteurs lors de l’arrivée à MARENNES, le 6 Juillet, où coups défendus et bidons vont voler bas …
Devant l’accumulation de ces avatars, on ne peut que constater qu’à tout le moins le champion Tarnais n’a vraiment pas rencontré de complaisance dans les pelotons en cette saison 1997 …
C’est vrai que son allure souple et déliée et son adresse proprement diabolique sur le vélo en imposent à ses pairs (au chapitre de l’adresse, Cyrille GUIMARD, son directeur sportif chez sa première équipe professionnelle l’a comparé en la matière aux frères DE VLAEMINCK, une sacrée référence)
Et, dans les sprints, son intrépidité, la sûreté de ses trajectoires (sûrement dues à sa pratique assidue du motocyclisme), et ses prises de risque finalement toujours maîtrisées suscitent souvent l’admiration. Trop « classieux », « Fred » MONCASSIN … En plus de çà , même pas prétentieux, toujours naturellement souriant et affable avec le public. Autant de raisons pour se méfier sourdement de ce coureur atypique, dont la classe frise l’insolence, et pour défendre plus que l’on ne le ferait avec un autre son « pré carré » …
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C’est parti, et c’est Richard VIRENQUE, fidèle à ses habitudes, qui emballe la ronde. La première échappée sérieuse prendra corps au septième tour. Frédéric BESSY, Jean Cyril ROBIN, renforcés au 8è tour par la présence de Laurent GENTY ouvrent la route … çà, c’est pour la course côté coureurs … Car, côté entraineurs, portière contre portière, Bruno ROUSSEL et Roger LEGEAY (le directeur sportif de l’équipe de Frédéric MONCASSIN et Président des Groupes Sportifs Français) se livrent à un gymkhana ponctués de noms d’oiseaux sur fond de « Tu vois, ton circuit pourri ! » … Bruno ROUSSEL a déploré une dizaine de crevaisons dans les deux premières heures et çà explique son excessive nervosité …Décidemment, le choix de l’autodrome ne passe pas …
Revenons côté coureurs …
Dans le dixième tout, Erwann MENTHEOUR, le fougueux coureur Breton, sort du peloton pour aller chercher les trois échappés. A quelques mètres derrière lui, Laurent BROCHARD (qui, quelque mois, deviendra champion du Monde) tente de prendre sa roue … En vain, car Erwann insiste seul, et au terme d’une chasse de toute beauté, fond avant le onzième tout sur les fuyards. Son bel exploit va s’avéreri inutile … S’il avait attendu BROCHARD, en unissant leurs forces, et aidés par le jeu de neutralisation de leurs équipes respectives, l’aventure aurait pris une toute autre tournure que celle qui va suivre. Erwann raconte fort bien cet épisode dans son livre « SECRET DEFONCE », écrit quelques années plus tard, ouvrage hautement recommandable pour qui souhaiterait être édifié sur les usages du cyclisme des années 90 …
Au 19è tour, la crevaison (encore la faute au circuit peut être ?) de Jean Cyril ROBIN annonce la fin de l’échappée . Puis le peloton, d’accélérations en accélérations, se fragmente, et il ne reste plus que 31 coureurs en lice pour la victoire . Dans l’avant dernier tour (il y en avait 24 à accomplir, soit 240 kms), Pascal HERVE, équipier de Richard VIRENQUE, et le Francilien Christophe AGNOLUTTO trouvent l’ouverture.
Il reste deux tours à faire … A leur passage à la choche, ils ont 22’’ d’avance sur le peloton … Un jeune coureur est « collé » à la roue de Frédéric MONCASSIN. Il est l’équipier de Christophe AGNOLUTTO, l’un des deux échappés.

Il s’appelle Stéphane BARTHE et l’on va reparler de lui bientôt. L’équipe GAN (celle de Frédéric MONCASSIN) organise la chasse derrière.

Au pied de la côte LAPIZE, les échappés ont encore 15’’ d’avance. Le coup est encore jouable pour eux, surtout qu’ils arrivent au sommet sans être rejoints. Et puis …

Et puis, un peu plus loin, à deux kilomètres de l’arrivée, ils ne voient pas fondre sur eux un bolide blanc : c’est Frédéric MONCASSIN, qui a choisi de jaillir dans le ressaut de COUARD après la côte LAPIZE.

le retour de Fred MONCASSIN - phase 1

le retour de Fred MONCASSIN Phase 2 : discret, le retour
En l’apercevant, au bout d’un moment seulement, tant « Fred » a sû rester discret dans son sillage, Pascal HERVE a ce cri du cœur : « oh ! Putain .. T’es là, toi … ». Et il ne roule plus … AGNOLUTTO roule désormais sans conviction et le rythme baisse ostensiblement, Frédéric MONCASSIN, désespéré, appuyant sans conviction quelques relais …

phase 3 : « Oh ! Putain .. T’es là, toi …

AGNOLUTTO pourtant insiste encore
Dès lors, il est clair que le peloton va revenir : le formidable « coup » de « Fred » a échoué … Il surveille le retour du peloton pour tenter de se relancer dans le sprint massif inévitable désormais.

Le retour inexorable du peloton
Sitôt repris le trio, c’est Laurent BROCHARD qui tente illico une sortie désespérée. Mais rien à faire : la 22ème édition du Championnat organisée sur l’autodrome va se gagner au sprint !

Toute la puissance explosive de Stéphane BARTHE
Et c’est le jeune et puissant Stéphane BARTHE, l’une des révélations du début de saison, qui va, dans un déboulé tendu, tenir à distance les autres deux sprinters que sont Damien NAZON et l’ Elite 2 Frank MORELLE. Du côté des officiels, on doit être soulagé : si Frank MORELLE avait remporté le titre, qu’est ce qu’ils n’auraient pas entendu !
Sa joie fait plaisir à voir ! Il fait sauter à plusieurs reprises la roue arrière de son vélo sitôt la ligne franchie, reçoit, toujours en roulant, les félicitations du battu du jour, « Fred » MONCASSIN. Il endosse peu après le maillot tricolore et déclare tout de go : « çà me fait ch… pour « Fred » … Et c’est vrai, en plus. Si c’est lui qui avait été vainqueur, çà ne m’aurait pas gêné. C’était un bon copain et çà restera un bon copain » …

Cette édition 1997, et tant pis pour ses détracteurs, aura été une très belle édition, passionnante, et le cadre idéal de l’autodrome, ne leur en déplaise, aura permis le déroulement d’une course débridée et dramatique en son dénouement. LINAS – MONTHLERY a été le siège d’un grand championnat de FRANCE
Elle ne portera pas chance à Stéphane BARTHE, champion de France pour sa première saison chez les professionnels, mais qui ne retrouvera plus jamais au cours de sa trop brève carrière un tel jour d’embellie …. Il quittera sans bruit le peloton des professionnels à l’aube de la saison 2005.
Quant au héros malheureux de la journée, Frédéric MONCASSIN, au-delà de sa terrible déception, ce championnat marquera de toute façon un tournant décisif dans sa carrière.

Toute la tristesse de Fred MONCASSIN …
Et pour ce qui concerne le cyclisme en général, nul ne peut en ce dimanche prévoir qu’il vivrait là sa dernière saison d’euphorie insouciante. 1998 et « l’affaire FESTINA » vont le faire basculer pour longtemps dans l’ère du doute et de la suspicion …
En guise d’épilogue, notons que le cyclisme n’en aura pas fini avec les circuits automobiles pour autant, malgré les polémiques qui ont entouré cette édition 1997…. En 1998 et 1999, le championnat de France des routiers professionnels sera organisé sur le circuit de CHARADE, près de CLERMONT-FERRAND.
Qui sait si le cyclisme qui s’est une fois de plus trouvé ce jour de Juin 1997 au rendez vous de son histoire à LINAS MONTHLERY, ne retrouvera pas un jour le chemin de l’autodrome ?
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INTERVIEW Stéphane BARTHE
Samedi 19 Avril 2008

1. Avant de courir ce championnat de France, connaissiez vous l’autodrome de LINAS MONTHLERY ?
« Non. Du tout … Je ne le connaissais pas …. On m’en a parlé de par mon père, qui courait en amateur dans la région parisienne dans les années 70. Entretemps, la famille était descendue dans le Sud, je connaissais pas du tout le circuit et sa réputation, notamment dans le cyclisme … Apparemment, j’ai été le premier champion de France sur ce circuit depuis presque quarante ans (bravo, Stéphane, un coureur qui s’intéresse à l’histoire du vélo, çà fait plaisir) qu’il n’était plus organisé sur l’autodrome … Alors qu’auparavant, d’après ce que j’ai pû apprendre par la suite çà a été régulièrement un lieu de championnat …
2. Aviez vous fait une reconnaissance de ce circuit en vue du championnat ?
« Oui, on fait dans ces cas là comme on procède quand on aborde un championnat, qu’il soit régional, national ou mondial … On va voir le parcours la veille, au minimum pour voir l’étendue du terrain, et les possibilités que l’on a sur ce circuit. Là, en l’occurrence, je me suis rendu compte que le parcours me convenait, c’est vrai, mais je n’allais pas tirer des plans sur la comète : je sortais d’une chute à la Route du Sud le lundi qui précédait l’épreuve, qui m’avait valu des points de suture au coude, donc je n’étais pas dans de bonnes dispositions pour y aller, n’étant pas convaincu de ma condition pour le lendemain … Je me suis présenté au championnat de France pour faire mon travail, ni plus ni moins. J’y suis allé plus par professionnalisme donc, plutôt qu’autre chose … Au final, je suis arrivé le jour de l’épreuve, sans aucune pression, tellement détendu que çà m’a réussi …
_ Et ta blessure ne t’as pas handicapé plus que çà ?
Non, je savais « gérer » le traumatisme de la douleur causée par des points de suture (ceux là était à la pliure du coude) durant l’effort … Malheureusement, j’avais déjà connu cela avant … Et puis, quand on est en bonne condition, comme on dit dans le sport, « tout passe ».
3. As-tu eu un déclic ce jour là ? Je veux dire as-tu eu l’impression à un moment que tu avais ta chance ?

« Oui. En haut de la côte LAPIZE, dans le dernier tour (Stéphane se rappelle et détaille la topographie des lieux au mètre près … Un plaisir, je vous dis …) En fait, à ce moment là, quand Frédéric MONCASSIN est parti, vu que c’était mon copain, , mais mon adversaire principal quand même … je ne sais pas … j’étais convaincu que le scénario ne pouvait pas se passer autrement … Je ne voyais pas d’autre issue … Enfin, je ne vais pas dire : « je ne vois pas qui pouvait me battre ce jour là », parce que çà ferait prétentieux … Mais vraiment à ce moment … Tiens, peut être le footballeur qui sait qu’il va marquer ou le rugbyman qui est sûr de partir à l’essai doivent ressentir la même chose … Bref, quand Frédéric MONCASSIN est parti, je me suis dit : « Là, il a perdu, et moi j’ai gagné ! ».
En plus, tout s’est enchaîné …. comme dans un rêve on va dire … Derrière, l’équipe de LA FRANCAISE DES JEUX a pris les choses en main pour Damien NAZON, son sprinteur. Moi, je n’avais plus qu’à suivre ! Comme on n’était plus que 27 (pas loin, impressionnant, la mémoire !), une certaine hiérarchie s’était dégagée, et on ne m’a pas trop « dérangé » ni trop « ennuyé » dans mon placement derrière ces coureurs là. »
Il faut dire que la piste est large sur l’autodrome, çà doit faciliter la tâche ?
« Non (Il balaie mon pauvre argument) Les routes ou les rues sur le TOUR DE France sont larges aussi. Eh bien, même larges, il y a des gars qui ne sont pas sprinteurs , qui ne veulent pas prendre un « cachou » ou éviter la chute qui veulent se placer, les équipiers des sprinteurs qui veulent faire leur travail, et se placer reste compliqué même sur des routes larges. Ce jour là, on était moins nombreux. Et puis, une certaine hiérarchie s’était dégagée, et comment dire … un certain respect s’était instauré … Du coup, j’ai pu « faire mon sprint ».
« D’abord, j’ai eu Philippe BORDENAVE, mon équipier (on se connaissait depuis 1993 où l’on courait ensemble à TARBES), qui m’a fait un travail EXCEPTIONNEL.
Tiens, je ne me rappelle pas de cela !
« C’est vrai qu’il n’ y a pas grand monde qui l’a vu ... Parce qu’il y avait d’autres coureurs dans l’équipe qui sont venus me féliciter après la ligne … Je citerai pas leur nom, d’abord parce que je ne m’en rappelle plus, de leur nom, et qui ont été les premiers à me féliciter devant les caméras alors qu’ils n’ont rien foutu pour moi …
« Philippe par contre m’a protégé, abrité, afin que je reste dans la position que j’occupais. Je lui dois une grande partie de mon succès à ce monsieur. Il m’a protégé le plus qu’il a pû. C’est lui qui m’a dit : « Allez, vas y ! » pour me faire suivre BROCHARD quand il a démarré (Richard VIRENQUE la ligne passée aura un regard noir pour le Sarthois – ndlr).
Quand BROCHARD est parti aux 500 mètres vent de face, là je me suis dit « c’est du pain béni ! ». J’ai vu un maillot blanc me remonter légèrement … Je me suis dit : « maintenant, c’est bon. » J’étais même pas sur le onze dents. J’avais encore une marge. Donc, j’étais sur le douze (54x12) quand j’ai lancé mon sprint dans la roue de BROCHARD. J’étais dans la retenue à 100 %. Pas du tout à fond. Et puis je mets le 11 dents et je déborde quand NAZON (le maillot blanc cité plus haut) était déjà plein vent avec « tout en bas » (donc obligatoirement sans plus aucune réserve) …

Je vous le dis : tout çà s’est passé comme dans un rêve. Ca a été un des sprints le plus facile paradoxalement par rapport au niveau et à l’évènement que j’ai gagné avec au mois de Mars la même année

Stéphane lors du Critérium International
l’étape BLAYE LES MINES – RABASTENS du Critérium International. Je n’en revenais pas. Surtout par rapport à ce qui m’était arrivé le lundi d’avant, et en plus le mauvais temps qui ne me convenait pas . Non, non, vraiment, çà a été la course dont on rêve, où tout s’enchaîne idéalement … »
4. Avec le recul, ce championnat de France a été une bonne chose pour toi ?
« Ca a été une bonne chose, mais je regrette de ne pas avoir eu alors l’encadrement d’un Tom BOONEN, par exemple, ou la maturité, parce que, à 24 ans, avec à peine six mois chez les pros (je venais de passer pro l’année d’avant, donc j’avais même pas une année complète), j’ai eu une mauvaise gestion du titre … C’est vrai que je n’ étais pas attiré par les médias, la « pub », le côté un peu clinquant du TOUR DE France … J’ étais beaucoup plus intéressé par le sport, les résultats, le pied que je prenais à courir les épreuves auxquelles je participais. Mais tout ce qu’il y avait à côté, je l’abordais … mal.
Avec le recul, je crois que j’ai mal géré, j’ai trop mis de côté cet aspect du métier ; et puis, les gens qui m’entouraient alors ne savaient que me dire qu’il fallait que je me calme, que je fasse ceci et cela d’une façon qu’on ne veut pas entendre quand on est jeune coureur : c’étaient des directives, et je suis quelqu’un d’assez indépendant. Peut être un peu dur.
C’est vrai que j’ai apprécié le titre, mais d’un autre côté, il y a des fois où je me suis dit que j’avais l’impression d’avoir gagné le maillot de champion de France … junior ! Parce que, juste après mon titre, on ne me fait pas faire de le TOUR DE France. Il paraît que je suis le 5ème champion de France dans ce cas. C’est pas une fierté, loin de là … Au bout de la première semaine après le titre donc, je commençais à déjà déchanter. Après, il a fallu que je fasse des pieds et des mains pour aller aux championnats du Monde. Il a fallu la blessure d’ Yvon LEDANOIS au Mondial donc de Saint Sébastien pour avoir ma place sur la ligne de départ. Sinon, je n’étais même pas remplaçant. Et alors, je me suis dit qu’il y avait quand même un manque de respect vis-à-vis de ce titre qui commence à devenir pesant. Et j’ai pas trop compris pourquoi tout cela s’est accumulé la même année. Regardez, Richard VIRENQUE, qui a fait la carrière que vous connaissez : eh bien, des années durant il a couru après ce maillot, sans jamais l’obtenir ! Le titre, c’est une fierté ! D’autant qu’arès, je l’ai conforté après avec des victoires, des belles places d’honneur, je me suis mis en avant au cours des évènements importants de la saison. J’ai gagné avec le maillot tricolore sur le dos devant Erik ZABEL, c’est quand même des choses qui marquent, et cette reconnaissance là, la reconnaissance sportive, je l’ai cherchée, recherchée, et j’ai eu l’impression qu’elle n’ était pas au rendez-vous… Au niveau du sportif, car après, au niveau médiatique, encore une fois c’est vrai ma foi, que j’ai pas fait ce qu’il fallait … C’était volontaire, alors, je le reconnais . »
5. Mais ce titre, çà reste quand même un bon souvenir ?
« Ah oui ! J’ai vécu une année fabuleuse. Une année vraiment où, dès que j’allais au départ d’une épreuve, que ce soit une épreuve de Coupe du Monde ou un critérium, dès que je me présentais partout, c’était vraiment super. Ca m’a même « boosté » pour aller plus haut, dans des exercices, les montées de col par exemple, où je ne suis pas trop à mon aise ; par exemple ce jour où, dans PARIS NICE, l’étape était dure je fais 2 derrière Andreï TCHMIL, et suis l’un des rares sprinteurs à terminer devant … çà c’est grâce au maillot …
J’en ai même peut être trop fait, et trop couru cette année là . On laisse de l’énergie, des forces, parce qu’on veut être à la hauteur du maillot, et c’est normal … »


sitôt la ligne franchie, avec Christophe AGNOLUTTO et Fabrice GOUGOT …
6. Le soir du championnat, çà a été retour à la maison, ou la fête entre copains ?
« Ce soir là, Vincent LAVENUE, mon directeur sportif, a organisé un « truc » à l’hôtel ou nous étions logés avec l’équipe CASINO. Mon ex-femme était restée à la maison à TOULOUSE ce jour là et on a fêté le titre avec l’équipe. Pour la plupart d’entre eux, dont le Directeur Sportif lui-même c’était une première.
D’ailleurs, Vincent LAVENUE me l’a dit que c’était son premier titre de champion de France. Il m’a dit aussi que je lui avais coûté trop cher. A peine descendu du podium, il me disait çà !
7. Il n’y avait pas autre chose à dire en pareilles circonstances ? Car en plus, c’était une belle course !
« Mais oui. On l’annonçait plan-plan, ennuyeux … Et il y a eu du mouvement. La dernière heure a été palpitante, l’issue a été incertaine jusqu’au bout. Moi, quand on m’en reparle de cette course, c’est toujours en bien. Beaucoup des gens qui viennent me voir me le disent . Jamais ils me disent qu’ils se sont ennuyés devant leur poste de télévision cet après-midi là »
8. C’est un championnat dont on se rappelle … Et il n’y en pas tant que çà …
« D’autant que j’y ai contribué un peu aussi … Comment dire … Avec ma naïveté de débutant, c’est que je disais en discutant avec Thomas VOECKLER, qui lui aussi a été champion national très jeune : le côté jeune qui débarque, le discours pas programmé, çà a plu. Beaucoup de gens m’ont félicité de mon côté « nature », qui faisait du bien … »
Et moi, je tiens tout particulièrement à remercier Stéphane pour son implication dans cet interview, pour sa disponibilité, et son souci du détail qu’il a tenu à apporter à chacune de ses réponses.
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INTERVIEW Frédéric MONCASSIN

1. Avant ce championnat de France, avais tu déjà couru sur l’autodrome ?
« Oui, j’ai fait une autre course avant … Il me semble que j’ai couru dessus en 1990, quand j’étais chez Casto (l’équipe cycliste professionnelle CASTORAMA) … Je ne me rappelle plus du nom de l’épreuve (c’était « Les Boucles Parisiennes » - ndlr)
2. Avais tu fait de ce championnat un objectif ?
« Oui, bien sûr … »
3. L’ équipe était elle à ton service ?
« Oui, mais dans un championnat, on est une quinzaine par équipe et tout le monde veut gagner … Aussi, on fait par rapport à la course … Mais moi, j’en avais fait un gros objectif … En cas d’arrivée groupée, l’équipe avait dit « on fait tout pour Fred »
4. Etais tu sur place, la veille, as-tu été reconnaître le circuit ?
« Non, j’étais pas sur place. Il n’y avait pas besoin. On roule un coup sur le circuit, et c’est bon ... »
5. Comment as-tu réagis à l’attitude de Pascal HERVE et Christophe AGNOLUTTO ?
« C’était leur rôle de ne pas rouler … J’avais l’air assez costaud … Ils ont vu un sprinter leur rentrer dessus, et ils se sont dit : « il faut pas rouler du tout. » ; ils ont fait leur boulot, voilà … C’était râlant pour moi, mais bon … »

6. Comment as-tu vécu cette défaite, cela a été une grosse déception ?
« Grosse déception … Très très grosse déception … Dans cette saison 1997, j’ai fait 17 fois deuxièm, j’ai pas gagné une seule course, et je pense que çà a contribué à ma fin de carrière … J’aurais été champion de France en 1997, j’aurai porté le maillot jusqu’à la saison 1998, çà aurait changé plein de choses … Surtout que c’était mon « poulain » Stéphane BARTHE. C’était moi c’était moi qui l’avais fait passer pro, on s’entraînait ensemble. Et puis, çà faisait quelques années déjà que j’étais pro, ma huitième saison … J’étais content pour lui, bien sûr, en même temps je me suis dit : encore une année de gâchée … En fait, cette déception a contribué à précipiter ma fin de carrière. »

7. Tu n’as plus eu par la suite l’occasion de gagner un autre championnat de France ?
« Non. L’année suivante, en 1998, à CLERMONT-FERRAND, j’étais pas au top. J’avais pris une grosse gamelle aux 4 Jours de DUNKERQUE, et je n’y ai pas été. En 1999, c’était encore à CLERMONT FERRAND, sur le circuit routier de CHARADE, et vu le circuit j’ai dit à Pascal SIMON et Cédric VASSEUR, mes équipiers : « Ecoutez, les mecs : je fais la descente à bloc. Du coup, j’ai fais deux tours. Mais sur ce coup, de suite, c’est parti, et eux deux, ils font un et deux. »
8. Je sais que tu es un passionné des motos, et que tu as fais des cross, des enduros .
« J’ai fait LE TOUQUET l’an dernier et deux DAKAR depuis que j’ai arrêté le vélo. J’aime les sports mécaniques : enduro, moto, cross … J’ai fait aussi le trophée ANDROS en voiture, en moto je fais des courses pour me faire plaisir. J’ai une HUSQVARNA, mon collègue, parrain de mon fils, a une concession HUSQVARNA. Et puis, je suis fou de vieilles motos … Je restaure une vieille HONDA 500 … Et j’ai un tas d’autres motos …
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